Tareq Oubrou est l’imam de la mosquée de Bordeaux et membre de l’UOIF, l’Union des Organisations Islamiques de France, qui n’a pas bonne presse, loin s’en faut, dans notre pays. Il a souvent, par ses déclarations, dérouté les tenants d’un islam des plus rigoristes. Notamment quand il estimait, en 2009, dans un entretien au Monde , que « seuls survivront spirituellement les musulmans qui savent modérer, adapter et négocier leurs pratiques avec la réalité de la société française », ou quand il soutenait, comme beaucoup d’autres voix de l’Islam, que le port du voile n’est pas une pratique obligatoire pour les musulmanes. Voilà ce que dit Tareq Obrou ce matin dans les colonnes de La Croix . Le quotidien consacre deux pages à la polémique sur l’abattage rituel religieux, halal et casher : « La première solution, dit Obrou, c’est de mettre l’idéologie et les calculs politiciens de côté. Cette polémique sur l’abattage musulman est typique du contexte actuel : chaque fois qu’il s’agit du culte musulman, on remplace l’analyse rationnelle par une exagération de la culture et de l’identité. En France, tout est tendu, émotionnel et démagogique. Mais toutes ces polémiques risquent surtout de creuser le fossé entre les différentes composantes de la société. C’est le rôle des musulmans d’adapter leurs pratiques et leur visibilité dans le contexte de la société française. Mais c’est aussi aux autorités de leur faire une petite place, sinon il ne faut pas parler de diversité. Dès lors qu’il n’y a pas de trouble à l’ordre public, il n’y a pas de raison d’intervenir davantage lorsqu’il s’agit de l’Islam ».

Des raisons, il y en a bien, s’indignent certains, liées à la souffrance animale. Les musulmans, nous rappelle ce long article de La Croix , ne seraient pas forcément opposés à un étourdissement préalable à l’abattage des animaux qu’ils consomment, puisque c’est essentiellement sur ce point que se cristallisent les discussions. A condition que cette question soit sortie du contexte passionnel et stigmatisant dans lequel l’enferme la campagne électorale. C’est ce que réclament aussi les juifs, mais eux demeurent inflexibles sur les conditions d’abattage : pour que la viande d’un animal soit casher il ne doit PAS être étourdi avant d’être abattu. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On pourrait par exemple, se concentrer sur les questions de traçabilité de la viande, de l’abattage à l’assiette, afin que chacun sache ce qu’il mange. Sauf que, qui dit traçabilité dit contrôles, multiples, nouvelles normes, coûts supplémentaires dont les industriels de la viande ne veulent pas entendre parler. Et s’il était là, le vrai nœud du problème ? Si ces questions n’étaient pas, comme le prétendent certains, des sujets cruciaux relevant d’un choix fondamental de société ou illustrant une prétendue guerre de civilisations plus ou moins évoluées, mais relevaient de simples questions d’organisation d’une filière industrielle, de procédures, de règlements pas plus compliqués que ceux qui régissent la commercialisation du fromage au lait cru ou l’usage de tel ou tel label de qualité ? Des règlements qui existent déjà, par ailleurs, et qui pourraient être précisés, plus contraignants. Mais tout cela tient surtout de la discussion apaisée entre les différentes parties intéressées, arbitrée par les ministères de tutelles. Avez-vous remarqué que pendant qu’on parle de viande halal, on oublie de parler d’autre chose ? Emploi ? Dette ? Tous des sujets passés de mode.

© Audrey Pulvar

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