Faut pouvoir suivre : le Médiator, entre 500 et 2 000 morts, des milliers de personnes atteintes à vie par des séquelles cardiaques graves. Quand l’affaire a éclaté il y a près d’un an, il était question d’un antidiabétique détourné de sa fonction première, prescrit comme coupe-faim. Le médicament présentait pourtant des risques connus. Dès le départ, le laboratoire qui le fabriquait, Servier, fut désigné comme le principal responsable d’un nouveau scandale de Santé publique et les autorités sanitaires mises en cause, pour n’avoir pas su arrêter au plus tôt la commercialisation ou tout au moins le détournement de ce médicament de ses fonctions premières.

La vérité pourrait être bien pire encore. Et ce que le rapport de l’IGAS, l’Inspection Générale des Affaires Sociales, révélait dès janvier, le quotidien Libération le concrétise, ce matin, « l’incarne », pour prendre un terme à la mode. D’après les témoignages, versés à l’instruction, d’un chercheur du laboratoire Servier et d’un professeur, neurochirurgien, neuropsychiatre, docteur ès sciences, l’action anorexigène du Médiator et sa dangerosité étaient, dès le départ, connues du labo.

On est en 1973 ! Jacques Duhaut, le chercheur, aujourd’hui âgé de 78 ans, prépare alors plusieurs rapports sur l’action du Médiator, nom de code : « S992 ». Il l’a testé sur des animaux et note une anorexie presque complète, dès les premières absorptions ! Magie, coup de ciseau, caviardage, quand Servier sollicite une autorisation de mise sur le marché, le Médiator n’est plus présenté que comme un antidiabétique, « diminuant fortement la prise de nourriture ». Son lien avec l’amphétamine ? Occulté.

C’est Jean Charpentier, le professeur de médecine, aujourd’hui âgé de 81 ans, qui se charge de réécrire les rapports. Trafiquer un rapport, c’était suffisant pour qu’un laboratoire bluffe les autorités sanitaires de l’époque ? Et quand en mars 1974, la commission de mise sur le marché découvre le lien entre Médiator et amphétamine, quand elle demande une étude métabolique, qui la réalise ? Servier. Les résultats sont une nouvelle fois falsifiés et le Médiator bien commercialisé comme un antidiabétique. Pourtant la molécule n’a aucun effet connu sur les symptômes du diabète. Pas plus difficile que ça. Qui était au courant outre le labo ? Les médecins qui ont prescrit à tour de bras le Médiator à des femmes voulant maigrir savaient-ils ? Auront-ils des comptes un jour, à rendre aux deux millions de personnes qui se sont vues prescrire ce médicament, depuis 40 ans ? Lire, sur Internet les témoignages de dépit de femmes se plaignant de son interdiction de vente fin 2009 fait frissonner l’échine. Savent-elles, celles qui exprimaient alors leur mécontentement de ne pouvoir se procurer ce médicament miracle, qu’elles sont peut-être passées à côté de la mort ?

© Audrey Pulvar

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