Le dessin de Jonaten du 07-03
Le dessin de Jonaten du 07-03 © Jonaten / Jonaten

Le mal qu’on se fait, l’ingéniosité que l’être humain peut déployer pour s’autodétruire, voilà qui ne lasse pas de surprendre. J’avais cela à l’esprit en lisant ce matin dans Le Figaro que des toxicomanes détournent de leur usage des produits vétérinaires, à destination notamment des chevaux de course, pour se faire un trip. La kétamine, analgésique utilisé pour endormir les animaux au moment d’interventions chirurgicales et le ventipulmin, censé soigner les affections respiratoires des chevaux de course, seraient l’objet d’un vaste trafic, à l’échelle européenne.

D’après l’Observatoire français des drogues et toxicomanies, en raison de leurs propriétés hallucinatoires, dont les sensations sont équivalentes au LSD. Liquide, le produit est transformé en poudre et inhalé, comme un rail de cocaïne. Il coûte beaucoup moins cher. La kétamine, une drogue facile à dissimuler, facile à transporter, facile à distribuer, en particulier dans les discothèques ou les raves parties. Avec le trip viennent évidemment les soucis. Les usagers de cette drogue risquent, d’après l’article du Figaro , des altérations de la respiration pouvant provoquer une perte de connaissance ou un coma. Un pharmacien parisien est en ce moment poursuivi par la justice pour avoir délivré, en violation de la réglementation, d’importantes quantités de ces médicaments. Mais s’il était reconnu coupable, il ne serait, selon son avocate, qu’un maillon d’une longue chaîne. Elle rejette les accusations qui frappent son client et surtout, estime que vue l’ampleur du phénomène, le parquet a sans doute voulu faire un exemple de ce pharmacien.

Les consommateurs sont essentiellement jeunes, 18-21 ans, mais en raison de leur faible coût, la kétamine et le ventipulmin touchent un public beaucoup plus large. En raison aussi et « tout simplement », du développement de la toxicomanie dans la population. Dans un contexte économique de plus en plus incertain, une société violente, ce ne sont plus que des jeunes à la recherche de sensations fortes ou quelques happy few fortunés qui rythment leur quotidien de prise de stupéfiants. Ce sont des travailleurs, du chauffeur-livreur au cadre sup en passant par le boucher qui pour encaisser la pression pensent trouver une aide avec des produits illicites ou une surconsommation de médicaments tout à fait légalement distribués. On se souvient des tentatives de définition du niveau de prospérité d’un pays non seulement par les indicateurs économiques habituels, comme le Produit Intérieur Brut, non seulement par l’indice de développement humain, mais aussi par une mesure du Bonheur national brut. Qu’est-ce qu’un pays développé ? Voire un pays riche ? Un « beau » pays ? Qu’est-ce que réussir collectivement un projet de société ? Qu’est-ce qu’être heureux, individuellement ? On achève mieux les chevaux.

© Audrey Pulvar

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