« J’ai le regret de vous faire connaître que »… Huit mots, trois lignes, une vie scellée. C’est un conseiller de l’Elysée qui signe la lettre, et non le Président Nicolas Sarkozy lui-même. Le chef d'Etat était saisi d’une demande de grâce e la part de l’avocat de Dany Leprince, condamné en décembre 1997 à la prison à perpétuité pour le quadruple meurtre de son frère, la femme de celui-ci, et deux de leurs enfants. Dany Leprince, travaillant dans une entreprise de boucherie au rayon steak-hachés, accusé et reconnu coupable de les avoir massacrés à la feuille de boucher. Les faits remontent à septembre 1994. Et depuis 17 ans, Dany Leprince clame son innocence. Pas de traces ADN sur la supposée arme du crime. Et pour cause, les gendarmes l’ont faite récupérer par un quidam, qui l’a lavée avant de la leur apporter. Aucune trace de sang ou de lutte, non plus, sur les vêtements de Leprince. Des traces, bien réelles celles-là, une empreinte très nette en tous cas, retrouvées sur une autre arme, un couteau, qui ne sont pas exploitées par les enquêteurs. Au bout de 46h de garde à vue, Leprince avait avoué le meurtre de son frère, avant de se rétracter quelques jours plus tard. Trop tard.

Sur quoi repose sa condamnation à perpétuité ? Sur les témoignages, contradictoires et maintes fois modifiés de son ex-femme, qui vivait avec lui au moment des crimes, et de leur fille. Après plusieurs recours, Leprince avait saisi la Cour de Révision. Les juges ne déjugent pas leurs confrères… Seule 8 condamnations ont été cassées en France, depuis 1945. Pourtant, au bout de cinq années (!) d’instruction, les magistrats de la Commission de Révision en arrivent à la conclusion, non pas de l’innocence de Dany Leprince, mais au moins de la vacuité du dossier et de la nécessité de lui accorder un deuxième procès. De nouveaux éléments démontrent en effet que « la justice n’est pas passée ». Notamment un témoignage de l’ex-femme de Leprince, entendue par des psychologues experts près les tribunaux, qui leur affirme « je me demande si j’ai pas fait quelque chose (…) J’ai peut-être tué quelqu’un. Je peux pas imaginer que j’ai fait du mal à ces gens et à leurs enfants… Si ça s’trouve, j’ai participé ».

Fait extrêmement rare, la Commission demande donc que Leprince soit remis en liberté, le temps que la Cour de Révision rende son avis. Une matinée de siège suffira à celle-ci pour débouter le demandeur et ordonner qu’il soit de nouveau placé en détention et finisse de purger sa peine.

La stupeur passée et la colère bue, les proches de Leprince en appellent bientôt à la grâce présidentielle. On a appris, en début de semaine, qu’elle a été rejetée.

« J’ai le regret de vous faire connaître qu’après avoir fait procéder à une instruction minutieuse de votre requête, le Chef de l’Etat n’entend pas y donner une suite favorable ». Dany Leprince reste donc en prison. Ses avocats ont déposé un recours devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Il y a peu de chances, reconnaissent-ils, qu’elle aboutisse avant des années.

© Audrey Pulvar

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