Une vingtaine de jours sont passés et toujours pas de réaction officielle de New Dehli. Une vingtaine de jours depuis la publication d’un rapport d’enquête tout ce qu’il y a d’officiel, aboutissement de trois années d’investigations menées par la Commission des Droits de l’Homme au Cachemire indien. Pour la première fois depuis 22 ans, un organisme gouvernemental reconnaît ce que des familles dénoncent sans relâche : la disparition forcée de milliers de civils cachemiris, arrêtés et tués par l’armée régulière. Depuis 1989, le cachemire indien est miné par des affrontements entre l’armée et des séparatistes, voulant s’affranchir du pouvoir de New Dehli, considérés par l’Inde comme de terroristes islamistes formés par le Pakistan, éternel ennemi. Pris entre deux feux -attentats et mouvements sociaux sanglants contre exactions commises en toute impunité- les civils, comme d’habitude paient le prix fort. Le conflit a fait 50 000 morts, civils et belligérants et des milliers de disparus, peut-être 8 000. La Commission pour les Droits de l’Homme a mis à jour 38 charniers, contenant 2730 corps, dont plus de 500 ont déjà été identifiés et le processus continue : il s’agit essentiellement de civils, tués par balles, figurant au nombre des 8 000 disparus réclamés par leurs familles. Pour elles, pas d’hésitation, les coupables sont forcément à chercher dans les rangs de l’armée indienne, dont la liste des méfaits, dans la région, donne le vertige. Arrestations arbitraires, meurtres, assassinats, tortures, viols, avec l’assurance, grâce à une loi datant de 1958 sur les pouvoirs spéciaux de l’armée, de ne jamais être jugés ! Et le Cachemire n’est pas le seul endroit où les soldats indiens abusent de cette loi d’exception dont des organisations non gouvernementales comme Human Rights Watch et Amnesty International réclament l’abrogation. Amnesty soulignant que plusieurs auteurs, identifiés, de violations graves des droits humains dans les années 80 et 90 ne sont toujours pas inquiétés par la justice, dans les états du Pendjab ou d’Assam.

Quant au Cachemire, outre les disparitions et assassinats et malgré cette grande enquête menée par une commission des Droits de l’Homme, on continue d’y tuer des manifestants pacifiques et d’y blesser des journalistes, d’y détenir pendant des années des prisonniers sans motif sérieux. Qui s’en soucie ? En Inde, cette « grande démocratie » célébrée par les dirigeants des plus grandes puissances mondiales, dont on nous vante sans cesse les réussites, les hôpitaux, les ingénieurs et l’ultra-modernité, les droits humains restent une préoccupation très secondaire. PIB versus Indice de développement humain. D’après vous lequel des deux l’emporte ?

© Audrey Pulvar

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.