Le dessin de Jonaten du 08-12
Le dessin de Jonaten du 08-12 © Jonaten / Jonaten

C’est une petite respiration, bulle, légèreté, pensée. Lire l’interview du penseur George Steiner dans Télérama cette semaine. Pessimiste constat, sur le monde tel qu’il va. Oui, l’Europe pourrait s’effondrer encore et l’Allemagne dominer de nouveau. Mais effondrement ne veut pas dire disparition. Le continent, nous rappelle-t-il, a bien survécu aux 80 millions de morts de la première moitié du 20ème siècle, de 1914 à 1945. Oui, l’Europe se remettra et ce qui préoccupe Steiner dépasse les frontières de notre vieil ensemble. Ce qu’il voit, c’est un racornissement généralisé. Un repli sur soi dans toutes les strates des sociétés modernes et partout dans le monde. Mondialisée, « la planète se ferme », selon lui. Les hommes ne sont plus libres de circuler, s’installer, travailler, construire une vie où bon leur semble. « Notre monde se rétrécit », ajoute-t-il, regrettant que dans les sciences, une immense partie de l’Univers nous soit fermée, car plus personne n’est là, philosophe ou écrivain, pour nous la décrire. « La littérature », d’après Steiner, « a choisi le domaine des petites relations personnelles. Elle ne sait plus aborder les grands thèmes métaphysiques, comme le firent en leur temps Balzac, Zola, ou Proust. Et la philosophie n’a plus rien d’universel ». « Peut-on être lettré sans comprendre une équation non linéaire ? », s’interroge tout haut Steiner. La culture, dit-il encore, est menacée de devenir provinciale. Pour autant, pas question de faire de la culture la panacée. Les humanités n’ont pas su nous protéger de l’innommable, elles ont failli devant la barbarie.

A quoi sert la culture alors, si elle ne nous rend pas plus humains ? Demande la journaliste. A supporter l’existence et l’idée de la mort, répond le philosophe.

« La culture c’est ce qui rend la vie vivable et la mort affrontable »… C’était aussi un leitmotiv pour un certain Aimé Césaire.

© Audrey Pulvar

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.