Le dessin de Jonaten du 08-03
Le dessin de Jonaten du 08-03 © Jonaten / Jonaten

On parlait hier du mal qu’on peut se faire, de l’ingéniosité déployée par l’être humain pour s’autodétruire. C’est encore une forme d’auto destruction dont je voudrais vous parler ce matin. Avec trois nombres : 300, 1 et 3.

300 millions de personnes obèses dans le monde, c’est l’équivalent de la population entière des Etats-Unis. Plus d’1 milliard de personnes en situation de surpoids, c’est plus que le nombre de personnes souffrant de la faim. 3 millions, c’est le nombre de morts causés par une mauvaise alimentation, 3 millions de morts par an, dans le monde.

Pas question, ici, de stigmatiser un mode de vie, une façon de s’alimenter, ni de rêver, ou plutôt cauchemarder, d’un monde uniforme, de clones des pages des magazines. Ce que montre le rapport de l’ONU sur le droit à l’alimentation, c’est que ce sont nos systèmes alimentaires, l’organisation générale de nos sociétés, qui provoquent l’explosion du nombre de personnes en situation de surpoids. Et les pays riches ne sont pas les seuls concernés. Notre mauvaise alimentation et son cortège de maladies mortelles est l’un des fléaux les mieux mondialisés. Pour le rapporteur de l’ONU, qui veut alerter les gouvernements des pays membres de l’Organisation, une grosse part des responsabilités échoit à l’industrie agro-alimentaire. Plus un produit est transformé, plus il est rentable pour les différentes filières du secteur, mais plus il est transformé et plus il est chargé en sel, sucre, acides gras saturés et autres éléments nutritionnels mauvais pour la santé. En tout cas, ils sont mauvais pour la santé en si grande quantité. Et qui trinque le plus ? Pas les plus aisés, qui ont les moyens de se payer une alimentation saine, mais les catégories les moins favorisées. On enfonce des portes ouvertes ? Oui, mais cela fait vingt ans qu’on les pousse, sans réelle prise de conscience de la gravité de ce problème de santé publique mondiale. Ni régimes miracles, ni poudre de perlin-pin-pin vendue en pharmacie, ni avertissements du type « pour votre santé évitez de manger gras, salé, sucré » ne sont à la hauteur du problème. Le rapport onusien préconise plutôt des mesures contraignantes pour l’industrie, des taxes sur les aliments les plus nocifs, une meilleure information des consommateurs (on apprend dans le quotidien Libération que 8 milliards et demi de dollars ont été dépensés en publicité l’an dernier aux Etats-Unis pour des boissons non alcoolisées et des confiseries, alors que le plan gouvernemental pour une alimentation plus saine n’a coûté dans ce pays « que » 40 millions de dollars). Surtout, l’ONU préconise une nouvelle approche des circuits alimentaires, moins de mondialisation, plus de proximité = plus de produits frais non transformés et meilleurs pour la santé. Cela fait longtemps que des écologistes, des médecins, des citoyens avisés le conseillent et tentent de le pratiquer. Qu’est-ce qu’on attend pour manger mieux ?

© Audrey Pulvar

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