Ilich Ramírez Sánchez (Carlos)
Ilich Ramírez Sánchez (Carlos) © Radio France /

Une comédie, c’est elle qui le dit. Sa femme. Tragi-comédie. Si ce n’était si grave, ce serait presque drôle. Ou plutôt risible. Révolutionnaire d’opérette, roitelet de pacotille, brandissant le poing comme à la plus belle époque des méchants capitalistes pro-sionistes contre les gentils communistes internationalistes, arborant l’étendard mité d’une prétendue révolution ayant produit bien plus de morts que porté de fruits pour ceux qu’elle se targuait de libérer. Un « révolutionnaire de profession » c’est lui qui le dit, Carlos, bedonnant retraité défendu par pas moins de six avocats, dont son épouse, soutenu par un Dieudonné plus vain et caricatural que nature, ricanant sous le regard consterné de parties civiles disparates : tant de temps est passé depuis la commission des faits que beaucoup des survivants aux attentats qu’il est accusé d’avoir commis, et les proches de ses victimes mortes lors de ces attaques, sont aujourd’hui décédés. Au premier jour de l’ouverture de son procès, l’homme fait la roue, content de lui. Tant d’attention, tant de caméras et de micros guettant la moindre de ses mimiques, captant le moindre mot, une telle tribune ! Il en rosit de plaisir. Une comédie, oui, dont le rôle principal est pour Ilich Ramirez Sanchez.

Carlos répondant des 11 morts et 139 blessés causés par quatre attentats commis en France en 1982 et 1983. Roupie de sansonnet pour un vrai révolutionnaire auto-comparé à Fidel Castro. Il préfère revendiquer 1.500 à 2.000 morts, dont 200 civils, et ne renie rien de ses exactions. Au nom de quel combat ? L’antisionisme : ça marche toujours. Et la défense du peuple palestinien. Là aussi, succès assuré. En quoi les actions menées par Ilich Ramirez Sanchez ont-elles contribué à l’amélioration du sort des Palestiniens ? Peut-on se permettre de douter de son rôle dans l’avancée des droits de ce peuple ? Au moment de refermer les quotidiens de ce matin, on tombe sur le portrait, dans Libération , de l’avocat David Remes. Un juif qui défend des musulmans. Avocat américain. Idéaliste ? David Remes croit dans la défense et l’application du droit pour dynamiter le système. Il a renoncé à la pluie de dollars que lui apportait sa collaboration à l’un des plus grands cabinets d’avocats de Washington, pour consacrer son énergie à défendre les prisonniers de Guantanamo. Depuis 7 ans, il franchit tous les obstacles pour faire entendre la voix d’hommes et d’adolescents détenus, pour certains, depuis près de dix ans, sans procès, ni même acte d’accusation. Il reste 171 prisonniers à Guantanamo, Remes en défend 17. Les défendre, cela signifie aussi, pour lui, se rendre dans leur pays d’origine, par exemple le Yémen, pour donner des nouvelles à leurs familles et mobiliser leurs gouvernements. Il profite aussi de ses voyages pour rapporter aux détenus de l’eau de Zamzam, dont Mahomet, paraît-il, s’abreuvait, se lavait, et que le prophète recommandait à tout bon musulman. L’engagement de Remes lui vaut tracasseries, problèmes financiers et menaces de mort, mais il continue. Parce que depuis toujours, Remes se bat, droit au poing, pour ce qu’il croit juste. Avec succès et sans mort. Révolutionnaire de profession.

© Audrey Pulvar

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