Le dessin de Jonaten du 09-02
Le dessin de Jonaten du 09-02 © Jonaten / Jonaten

On imagine qu’il s’agit d’un homme. Sous la capuche, de dos, dans un environnement totalement impersonnel et impossible à reconnaître. C’est l’un des témoins que Médecins Sans Frontières a interviewés et dont vous pourrez entendre le récit sur le site internet de l’organisation. 15 médecins et blessés, tous Syriens, ayant fui les combats de ces derniers mois. Tous craignant pour leur vie. On avait déjà parlé de la présence, singulièrement forte dans ce conflit, des enfants, eux-aussi pourchassés, blessés, emprisonnés, torturés. Des enfants, parfois à peine âgés de 10 ans, battus, les ongles arrachés et autres épouvantes. On a beaucoup parlé des snipers, assassinant dans les rues des villes martyrs, comme il y a 20 ans à Sarajevo, des centaines de civils. Et quand ce ne sont pas des tireurs isolés, c’est au moment des raids que tout ce qui vit fait figure de cible. « Ils tirent au hasard sur toutes les personnes, vieillards, femmes ou enfants. Ainsi, toute personne qui bouge est une cible », dit un témoin à MSF. Eh bien une autre des particularités de la guerre menée par Bachar El Assad à son propre peuple, c’est la persécution des blessés et de ceux qui les soignent. Ce sont les conclusions auxquelles parvient Médecins Sans Frontières, qui bien que n’ayant pas l’autorisation d’apporter son aide aux Syriens, a pu recueillir et recouper des témoignages de fugitifs dans plusieurs pays limitrophes de Syrie. Ce que nous disent les témoins, c’est que tous les hôpitaux publics sont obligés de lister l’identité et la nature des blessures de chaque admission et de transmettre ces informations aux services de sécurité loyalistes. Que les voitures transportant des blessés sont prises pour cible. Que les personnels soignants, quand ils désobéissent aux ordres, peuvent être torturés ou tués. Qu’une forme de « marché noir » du soin s’organise dans des arrière-cours, des garages, des caves. Car les hôpitaux deviennent les endroits les moins sûrs où se faire soigner. Pas seulement parce qu’ils manquent souvent du minimum de matériel de stérilisation, d’anesthésie ou d’antibiotiques, mais aussi parce qu’on y pratique des amputations forcées, inutiles, qu’on peut y être arrêté… « Je souffre toujours à cause de la balle qui est dans ma jambe » dit un homme, « et ce morceau de métal m’empêche de marcher. Mais je ne pouvais pas retourner à l’hôpital, parce que l’insécurité y est trop grande. Les blessés y sont achevés, battus ou arrêtés ».

Les récits des médecins, leurs descriptions des blessures qu’ils doivent soigner, des menaces et tortures qu’ils subissent quand ils sont surpris à faire leur métier -sauver des vies- prouvent, s’il en était encore besoin, que Damas est bien en guerre contre La Syrie. Car même si une partie du peuple syrien reste encore loyale à son tyran, n’est-ce pas tout un pays qui paiera, sur des générations, le prix de tant de crimes ? Contemplant les rivières de sang qu’il fait chaque jour grossir, Bachar El Assad continue de se moquer du monde en répétant à qui veut l’entendre qu’il est prêt à faire cesser la violence, d’où qu’elle vienne. Quatre cents civils ont été tués à Homs en cinq jours d’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.

© Audrey Pulvar

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Témoignage d'unmédecin syrien recueilli par MSF

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