Le dessin de Jonaten du 09-1
Le dessin de Jonaten du 09-1 © Jonaten / Jonaten

Cette femme, qui cherche ses mots, aidée par la journaliste qui l’interviewe et son mari, assis à côté d’elle, la couvant du regard et devinant ses pensées en un clin d’œil, c’est Gabrielle Giffords. Gabrielle Giffords essayant de répondre à la question : êtes-vous prête à retourner au Congrès ? « Non », répond-elle difficilement, « j’attends d’aller mieux ».

En fait elle ne les cherche pas ses mots, on sent bien que dans sa tête, ils sont dans le bon ordre et prêts à être formulés, mais les articuler, émettre des sons, reste difficile pour cette femme dont vous vous souvenez peut-être. Brillante élue démocrate de l’Arizona, sourire éclatant, profil de la parfaite mère de famille, mariée à un astronaute, grièvement blessée à la tête, alors qu’elle participait à une rencontre avec ses électeurs sur le parking d’un supermarché. L’homme qui lui a tiré dessus, pour la tuer, schizophrène, a été déclaré inapte à être jugé. 13 autres personnes avaient été blessées lors de cette fusillade, mais surtout, 6 avaient été tuées, dont une fillette de 9 ans, passionnée de politique, qui voulait absolument rencontrer la députée Giffords.

Depuis six mois, les médias américains se font ponctuellement l’écho de son rétablissement, spectaculaire. Qu’elle ne soit pas morte des suites de ses blessures était déjà presque un miracle, qu’elle s’en remette au prix des efforts que l’on imagine et soit aujourd’hui capable de se déplacer, manger seule, sourire, soutenir une conversation n’a de cesse de stupéfier les médecins et son entourage. La tragédie avait bouleversé une partie des Américains, fait la Une des principaux médias pendant quelques jours, Barack Obama avait publiquement exprimé son chagrin et évidemment durement condamné l’acte. Le président américain avait aussi dû apaiser le début de polémique voyant les démocrates et plusieurs éditorialistes pointer la responsabilité de Sarah Palin, pour avoir publié une liste de « cibles à abattre », dont faisait partie Gabrielle Giffords. Et puis ? Et puis, pas grand-chose. Un débat sur le port d’armes aux Etats-Unis ? Une réflexion sur la nécessité de limiter la vente libre d’armes et de munitions dans ce pays ? Faut pas rêver. D’autres fusillades ont eu lieu depuis. Provoquant le même cycle : effroi, émotion, prières… et passons à autre chose. Hier, une veillée était organisée à Tucson, un an jour pour jour après la fusillade. 1 000 personnes y ont participé. Musique, prières, recueillement, émotion et, debout sur l’estrade, souriante, volontaire, prestation du serment d’allégeance au drapeau américain, par Gabrielle Giffords elle-même…

Le mois dernier, un million et demi de demandes d’armes ont été formulées par des particuliers aux Etats-Unis. Plus de 200 seraient en circulation. 30% environ des foyers les détiennent à raison de 7 armes, en moyenne, par maison.

© Audrey Pulvar

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.