Le dessin de Jonaten du 10-01
Le dessin de Jonaten du 10-01 © Jonaten / Jonaten

« [Nous ne sommes pas des sorcières, à brûler sur un bûcher] Des femmes victimes de l’escroquerie PIP témoignent ce matin dans les colonnes du Figaro. Elles en ont assez d’être prises pour des « bimbos » et l’objet de remarques méprisantes. Elles ne veulent pas non plus de pitié.

Simplement que soit reconnue, pour certaines, leur souffrance de femmes sans poitrine, complexées, inquiètes de ne pas ou plus plaire et qui trouvaient avec ces faux seins, un chemin vers une plus grande estime de soi. Dans le grand public, bien sûr, on fait une grande différence, on distingue parmi les 30.000 femmes ayant eu recours aux prothèses PIP, les 6.000 qui l’ont fait pour compenser l’ablation d’un sein, se reconstruire, au figuré comme au propre, après une confrontation avec le crabe. Elles, ne veulent pas se ranger dans les catégories « cancer » ou « esthétique », nous dit la journaliste Marie-Amélie Lombard-Latune, qui les a rencontrées. Solidaires, elles sont toutes des victimes. Mises en danger par la cupidité du ou des dirigeants d’une entreprise. Plusieurs d’entre elles doutent que le directeur du laboratoire PIP ait pu, pendant si longtemps et dans une telle impunité, menacer la vie de centaines de milliers de femmes en France et dans le monde. L’enquête devra faire la lumière sur un scandale qui ne touche pas qu’à une dimension d’intimité, mais descend plutôt jusqu’à l’intime. Au plus profond de soi, face à soi-même. Ces seins nouveaux, exogènes, il leur avait fallu les apprivoiser, construire avec eux une nouvelle féminité, un nouveau soi. Qu’est-ce qu’un corps ? Qu’est-ce que mon corps ? Il leur faut aujourd’hui les enlever et, le temps de passer une nouvelle fois sur la table d’opération, vivre avec cette angoisse permanente. Questions obsédantes, jour et nuit : les prothèses ont-elles fui, suis-je déjà malade ? Qu’y avait-il exactement, dans ces poches que j’ai laissées installer sous ma peau, en moi, et qui aujourd’hui polluent peut-être mon sang ? Grâce à ces prothèses, Stéphanie, à l’âge de 22 ans, avait appris la confiance en soi. « Plate » selon l’adjectif consacré, elle était passée à un petit 85B : « Ado, confie-t-elle, j’osais à peine me mettre en maillot de bain. Je voyais pourtant que je pouvais plaire, mais je ne comprenais pas pourquoi, car, pour moi, je n’étais pas finie ».

© Audrey Pulvar

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Extrait musical diffusé :

« Dans la peau d’une autre », Eddy Mitchell, 1987

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