Le dessin de Jonaten du 11-01
Le dessin de Jonaten du 11-01 © Jonaten / Jonaten

C’est un modèle du genre. Une polémique bien de notre temps. Aider l’Afrique, lutter contre la déforestation et ses conséquences dramatiques sur les populations, notamment les famines, créer des emplois sur place et des revenus pour les pauvres paysans de pays africains dévastés par les guerres et autres fléaux. Qui dirait non ? C’est la belle idée défendue par New Forests Company, qui se présente comme le plus grand groupe forestier étranger d’Afrique de l’Est. NFC, entreprise basée à Londres, financée par HSBC, superbe site Internet et bonnes intentions brandies telles étendard, revendique 23 millions de dollars investis en Ouganda, depuis six ans, des millions d’arbres plantés, des pins et des eucalyptus, mène aussi de grands projets en Tanzanie, au Mozambique ou au Rwanda. Depuis sa création, NFC s’est construit une image très positive, en partie grâce aux projets connexes qu’elle développe, en marge de son action de reforestation : construire des écoles, mettre en place des dispensaires, lancer des programmes d’alphabétisation… Les fonds, importants, en provenance d’organismes financiers internationaux, notamment européens, n’ont pas tardé à affluer.

Pourtant, NFC vient d’annoncer l’arrêt d’un grand projet en Ouganda et la mise au chômage de 560 personnes. Elle a perdu 15 millions de dollars de promesses de financement. A cause, dit la compagnie, de ces vilains pas beaux activistes d’OXFAM, autre acteur de poids dans le monde de l’aide internationale au développement. OXFAM, ONG apolitique et mondialement implantée, dévouée à la promotion et à l’évaluation de projets de lutte contre la pauvreté. OXFAM, sa puissance de feu, ses rapports redoutés et sa capacité à mobiliser, a publié il y a quelque mois un rapport très sévère et réclamé une enquête sur les conditions dans lesquelles NFC a pu lancer ses projets en Ouganda. Soit, d’après l’ONG, l’expulsion de 20 000 paysans, dans des conditions très violentes. Il fallait faire place nette. Maisons incendiées, récoltes détruites, bétail abattu, population chassée, tirs à balle réelle contre les contestataires. 20 000 déplacés, dont aucun n’a reçu la moindre compensation, qui pleurent quand ils racontent comment il y a deux ans, ils ont tout perdu, alors qu’ils étaient jusque-là plutôt prospères. L’exploitation de leur terre, c’était leur seul moyen de subsistance. De vulgaires squatteurs !, s’insurge New Forests Compagny, légalement expulsés par le gouvernement ougandais. Les paysans répliquent qu’ils étaient installés sur ces terres depuis des décennies et qu’ils y avaient été autorisés par les gouvernements précédents. Une décision de justice leur avait d’ailleurs donné raison, en 2009, ordonnant l’arrêt du harcèlement dont ils étaient victimes de la part des autorités ougandaises. Elle n’a jamais été appliquée. Les districts où ont eu lieu ces expulsions avaient déjà connu des scènes semblables, il y a dix ans, quand le gouvernement ougandais voulait favoriser l’installation d’une firme allemande exploitant le café.

Compagnies internationales plus ou moins bien intentionnées, fonds d’investissements privés, gouvernements étrangers en mal de sources d’approvisionnement en matières premières, ils ont trouvé un nouveau terrain de jeu avec les pays les moins développés d’Afrique et leurs gouvernants.

© Audrey Pulvar

Extrait musical diffusé :

"Nouveau Western" de MC Solaar (version live)

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