Le dessin de Jonaten du 12-04
Le dessin de Jonaten du 12-04 © Jonaten / Jonaten

De tous les hommages reçus, c’est celui de Daniel Cordier qui sonne le plus juste. Sans doute parce que cet ex-secrétaire de Jean Moulin –faisant la distinction entre Résistants et Français Libres, se rangeant dans la seconde catégorie-, sait mieux que tous ceux qui ont parlé hier, de quoi fut fait le courage de Raymond Aubrac. « Raymond Aubrac a cette particularité de figurer parmi les tout premiers résistants et c’est fondamental de le signaler, car ça le distingue de la masse de ceux qui se sont organisés deux ou trois ans plus tard à partir de Londres, emmenés par Jean Moulin. Aubrac est un personnage car il est un pionnier. Ces premiers résistants n’avaient aucun moyen, ne recevaient d’argent de personne » . Aubrac, nous rappelle encore Daniel Cordier, était un combattant. « Un homme de l’Histoire, qui appartient à l’HistoireHeureusement, renchérit Daniel Cordier, qu’il y a eu des hommes comme lui, des femmes aussi, qui se sont engagés contre les Allemands (…) à une époque où la majorité des Français a trahi la France. Combien étions-nous à Londres ? La première fois que j’ai vu De Gaulle, le 6 juillet 1940, nous étions tous en civils, à peine 2500 dont 800 hommes de la Légion étrangère. Voilà exactement ce que représentait l’armée de De Gaulle, un mois après la signature de l’armistice. Tandis que «l’Armée de l’Armistice» de Pétain était constituée de 100 000 hommes. Les Français ont été des lâches, très peu ont été courageux. Les Aubrac le furent » … Fin de citation. Mais pas fin du débat, évidemment. Comme la fin de Raymond Aubrac n’éteindra pas les doutes que certains font encore planer sur son rôle dans l’arrestation de Jean Moulin. C’est encore le quotidien Libération qui nous rappelle comment, en 1997, ce journal organisa, à la demande des époux Aubrac, une confrontation à des historiens qui durant cinq heures, les soumirent à un feu roulant de questions. Lui gardant son calme, elle s’emportant contre ceux qu’elle qualifia alors de procureurs… Il s’agissait pour le couple de (re)dire sa vérité sur les conditions de l’arrestation de Raymond Aubrac, en même temps que Jean Moulin, le 21 juin 1943 à Caluire. Moulin décédera sous les tortures de la Gestapo, à Paris. Aubrac sera torturé à Lyon par Klaus Barbie emprisonné puis s’évadera, grâce à sa femme. En 90, Jacques Vergès, défenseur de Klaus Barbie, en 97, l’historien Gérard Chauvy, accusèrent publiquement les Aubrac de trahison. Chauvy sera condamné pour diffamation et le travail des historiens réunis par Libération , « très belle leçon d’histoire » selon Serge July, mettra « en perspective le travail de la mémoire humaine et celui de l’historien appelé à éclairer des événements. »

Revenons à Daniel Cordier, « les gens n’aiment pas l’Histoire » , dit-il encore «… ils aiment la petite histoire. Les choses d’à côté. Au jour même de la mort de Raymond Aubrac, les questions autour de son arrestation et de son évasion sont secondaires. On doit garder le souvenir d’un homme qui s’est admirablement conduit» .

Et parce que l’Histoire, ce fut aussi la réconciliation, sans l’oubli : Barbara…

A lire, également, dans les portraits et hommages rendus à Raymond Aubrac dans vos journaux ce matin, son soutien apporté, après la guerre, par Raymond Aubrac à différents régimes communistes.

© Audrey Pulvar__

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