Le dessin de Jonaten du 12-01
Le dessin de Jonaten du 12-01 © Radio France

Encore un petit télescopage comme je les aime. Cette nuit, réception des quotidiens, ouverture du courrier. Main droite, Le Figaro et Les Echos claironnent en très très gros, en Une, que les Français travaillent… six semaines de moins que les Allemands. Diantre ! Et même que nous serions parmi les plus tire-au-flanc de toute l’Europe. Main gauche, un livre, publié par Radio France et bientôt en vente, intitulé Quel travail voulons-nous ?

Ce livre, c’est le résultat d’une grande enquête menée auprès de vous, auditeurs de toutes les stations de Radio France, basée sur des témoignages, par milliers, et des retours de questionnaires. Une montagne de données analysées, recoupées, disséquées, par la sociologue Dominique Méda, le psychiatre Patrick Légeron, ou encore le philosophe Yves Schwartz. Ils avertissent, d’emblée : ce livre n’a pas valeur de sondage au sens où on l’entend généralement, puisqu'il n'y a pas d’échantillon représentatif scientifique. 6 000 réponses au questionnaire et 3 000 commentaires associés ont été passés au crible, mais ceux qui les ont écrits, vous, donc, sont essentiellement des personnes ayant par exemple étudié plus de deux ans après le bac, beaucoup plus des femmes que des hommes, des enseignants que des agriculteurs, des fonctionnaires que des salariés du privés... Nonobstant, le recueil de tant de paroles dit des choses, sur l’ensemble de notre société. Que pensent ces Français de leur travail ? Ils l’aiment, pour une majorité d’entre eux. Qu’ils soient ouvriers, agriculteurs, cadres intermédiaires, artisans, ils aiment travailler et sont assez satisfaits de l’ambiance sur leur lieu de travail. Pourtant, 70% voudraient en changer, de travail. Pas pour gagner plus, mais pour travailler mieux. Parce que le travail, c’est plus ça. Marre de la déshumanisation, de la rentabilité prenant le pas sur la qualité, assez d’objectifs inatteignables, de procédures anxiogènes ! Ils voient disparaître la notion du travail bien fait, du travail utile. Ils se vivent comme des pions.

Hadrien, journaliste du web __ :

« Pendant des années je m’étonnais en permanence d’être payé pour faire ce que j’adorais plus que tout au monde. Ce n’était pas un métier, c’était un épanouissement quotidien. Et puis, un jour, on m’a assis sur une chaise et on m’a demandé de produire. On m’a parlé statistiques de fréquentation, visiteurs uniques, clics par pages, rendement. Aujourd’hui, je traîne mon métier comme un boulet »

Christelle, enseignante :

« Les demandes s’accumulent, le rythme devient intenable. ‘Faire son travail’ ne suffit plus, ‘faire plus’ est devenu une obligation »

Bertrand, employé :

« Trente ans de Carrefour, ça use. J’ai vu se transformer cette entreprise presque familiale de commerçants en un énorme groupe de finance où les valeurs d’autrefois ont disparu. Aujourd’hui, c’est le règne des sous-effectifs. On a des comptes à rendre en permanence, on travaille sans les outils appropriés, on ne peut pas exprimer les problèmes, bloqués par une hiérarchie qui prend les décisions à Paris… »

Alors oui, des travailleurs heureux, pas stressés, pas inquiets, il en existe. En général sur le haut du panier, ceux qui sont les mieux rémunérés. Mais de partout, de toutes les couches de la société, montent les mêmes angoisses. Retour à l’étude sur le temps de travail des Français. Pages intérieures et déjà un bémol. Ce ne sont pas LES FRANÇAIS , qui travaillent moins que presque tout le monde en Europe, mais les salariés français à temps plein. Grosse nuance ! Car on sait bien que l’emploi salarié, à temps plein, est en recul, en France. Que les modes de travail, les contrats alternatifs ne cessent de se développer. Ainsi, pour les non-salariés, les travailleurs indépendants, par exemple, c’est l’inverse. Ils sont parmi ceux qui travaillent le plus en Europe. Et les travailleurs à temps partiel, les intérimaires, occupent eux-aussi le haut du tableau, avec près de 150 heures de travail en plus par an, que les Allemands. Vous qui serez abreuvés toute la journée de propos culpabilisateurs au sujet de cette étude, ayez donc à l’esprit ce dernier chiffre : l’intérim représentait 80% des créations d’emploi en France en 2010. Une tendance qui s’installe.

© Audrey Pulvar

D ébat public le 23 janvier 2012 au théâtre du Rond Point

Nous vous proposons quelques grands thèmes pour vous aider à choisir l’aspect de votre vie au travail sur lequel vous souhaitez témoigner.

Réservations au n° suivant : 01 44 95 58 81 et via cette adresse mail http://www.theatredurondpoint.fr/saison/fiche_evenement.cfm/120642-la-grande-enquete-de-radio-france.html

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Grande enquête : quel travail voulons-nous ?

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