BlackBerry
BlackBerry © arrayexception

Ce qu’il y a de formidable avec la technologie, c’est que parfois, ça marche. Et alors là, imprimantes pas rétives, toners pas baveux, téléphones sans friture, téléchargements rapides et sans saccades, moteur démarrant au quart de tour. La vie moderne, c’est une multitude de miracles miniaturisés nous collant des sourires de ravis de la crèche, ébaubis devant le génie d’un Steve Jobs -vous savez, l’homme qui inventa l’intranquillité permanente- ou celle d’un Bill Gates, créateur du diktat mondial le plus malin jamais inventé : une aliénation admise avec le sourire. Les PC et leurs logiciels intégrés représentent-ils encore 95% du parc mondial d’ordinateurs ? Délicieuse intoxication.

Ce qu’il y a de formidablement exaspérant avec la technologie, c’est que parfois, elle ne marche pas. Et alors là, imprimantes bourrées, documents massacrés, conversations hachées, messages muets, téléchargements bloqués, essuie-glaces énervés, régulateurs de vitesse déréglés… et c’est quoi encore ce fichu voyant qui ne s’éteint jamais sur mon tableau de bord ? La vie moderne, c’est une multitude d’emmerdements, pardon, de tracasseries électroniques nous collant brûlures d’estomac et bordées d’injures à la bouche, ulcérés devant l’incapacité de ces satanées machines omniprésentes dans nos vies d’homo roboticus. A quel moment ont-elles pris une telle place ? Quand, exactement, nous sommes nous laissés submergés ?

Or, voilà que depuis deux jours, dans le monde entier, 10 millions d’utilisateurs de BlackBerry sont privés de leurs messageries instantanées et d’une partie des fonctions de leur « BB », le petit nom affectueux dont on affuble ce prolongement devenu naturel de notre bras. Désintox forcée. Ah, se passer de la moitié des fonctionnalités de son téléphone pendant deux jours… DEUX jours ! Ca ne fait pas du tout rire la bourse, ça. Pas contents les actionnaires : le titre BlackBerry est en chute et des têtes doivent tomber. On a les problèmes qu’on peut non ?

BB ne fonctionne pas ! Crises de nerfs en pagaille, rendez-vous loupés, réunions annulées, instantanéité des données coupée, fil à rumeurs et fausses infos rompu… On s’étouffe, on meurt ! Ou l’on rit. Deux jours de liberté ? Parler aux vrais gens, se reposer le cerveau, rater l’appel super important qui aurait pu faire basculer le pays. Deux jours. Plus de sonneries intempestives, de hâte à retrouver dans le fouillis d’un sac d’où vient la vibration de l’objet cajolé. Vite, avant que l’interlocuteur raccroche ! Deux jours sans ça. On flâne, le nez dans les feuilles du début d’automne, comme un goût de la vie d’avant. Sans remords ni regrets ? Petit pincement au cœur quand même, pour tous ces mots d’amour en attente sur les messageries sinistrées. Parce que quand même, sans les « mon amour chéri » sur les messageries de portable…

© Audrey Pulvar

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