Le dessin de Jonaten du 13-03
Le dessin de Jonaten du 13-03 © Radio France / © Jonaten - 2012

70 ans, c’est le temps qu’il faudra peut-être attendre avant de savoir la vérité. 70 ans, c’est le nombre d’années avant que les Etats-Unis acceptent de déclassifier les documents récapitulant la fin d’Oussama ben Laden au Pakistan. Et c’est un ancien officier Pakistanais qui le déplore. Shaukat Quadir est un ancien officier d’infanterie et son combat est à lire dans les pages du Figaro, ce matin. En lutte pour obtenir la vérité, sur la mort de l’ennemi numéro 1 des puissances occidentales, celui au nom du quel les Etats-Unis ont mené deux guerres coûteuses et improductives. Shaukat Quadir est pakistanais, et « comme tout le monde ici » dit-il, « j’ai été sous le choc. Quand j’ai entendu la nouvelle de la mort de Ben Laden, tué par un commando américain…On se demande comment nos services secrets ont pu passer à côté de l’homme le plus recherché de la planète »… Shaukat a bénéficié d’anciennes amitiés, pour se rendre dans la maison du tyran. Il a enquêté, entendu des témoins, comparé des pièces, recoupé des récits. Il raconte comment en 2001, Ben Laden avait, selon lui, trouvé refuge dans les zones tribales bordant le Pakistan et l’Arabie Saoudite et surtout, comment, à partir de 2002-2003, soit quelques mois après les attentats du 11 septembre, il deviendra évident qu’il doit s’abriter des regards, dans une villa située au Pakistan. La meilleure façon de se cacher est-ce de se montrer le plus possible ? On est tenté de le croire, quand on sait que Ben Laden s’est installé à Islamabad et qu’en 2005, c’est à Abottabad, une ville-garnison, en plein milieu des militaires, qu’il s’installe, jusqu’en 2011. Ben Laden n’intéressait plus Al Qaeda, selon Shaukat Quadir, il était… sénile et malade. Il aurait été opéré d’un rein en 2002 et d’après les témoignages aurait reçu dans son bunker à ciel ouvert, des visiteurs, installés chez lui pendant plusieurs semaines. Qui ? Quelle aide ? Quel financement, comment expliquer l’aveuglement des militaires vivant juste à côté ? Quadir soupçonne des complicités jusqu’au plus haut des services secrets pakistanais. Il raconte aussi que l’état de santé neurologique déclinant du chef de guerre terroriste aurait conduit Al Qaeda à vouloir se débarrasser de lui, au point d’organiser les fuites qui mettront les américains sur la piste de leur pire ennemi. Le tout sur fond de rivalité entre épouses…

Les choses se sont-elles passées ainsi ? Une commission parlementaire chargée de faire, au Pakistan, la lumière sur les conditions d’arrestation et de mort d’Oussama Ben Laden a reporté la publication de son rapport et Shaukat Qualid raconte aussi les difficultés qu’il a eues pour mener cette enquête. Il ne compte apparemment ni sur les services secrets pakistanais, ni sur l’aide de son gouvernement.

« Ils veulent faire oublier cette affaire ! » ajoute-t-il. Des journalistes qui faisaient la même enquête ont été battus ou sont jetés en prison pour avoir simplement voulu faire leur travail affirme Emmanuel Derville, qui l’a interviewé.

Justice a été faite disait le président américain le 2 mai 2011 pour saluer la mort de Ben Laden. Justice ? Vraiment ?

© Audrey Pulvar

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