Ainsi donc, la City tremble. Comme dirait l’autre, « il va y avoir de grosses gouttes, que la Tamise va déborder ». Quoi, vous croyez que les cracks de la première place financière européenne tremblent parce que la Grèce sombre, menaçant d’entraîner de grands établissements financiers dans sa chute ? Meuh non… quelle drôle d’idée ! Ils tremblent nous dit le quotidien Le Monde en kiosque ce matin, à cause des recommandations d’une commission indépendante sur la situation des banques depuis la crise de 2008. Et que préconise ce rapport ? Rien de moins qu’obliger les banques à faire leur métier. Entendez : séparer leurs activités de dépôts de leurs activités spéculatives. Autre préconisation, obliger les banques à relever le niveau de leurs fonds propres, améliorer la couverture des prêts, donc diminuer les prises de risques. Sans oublier une meilleure, mais accessoire, protection du client. Objectif : contraindre les banques à adopter une attitude plus vertueuse et empêcher que se constituent des mastodontes financiers, trop gros pour être abandonnés aux conséquences de leurs turpitudes, les fameuses « Too big to fail », comme la Northern Rock pour laquelle l’Etat britannique avait dû débourser des dizaines de milliards d’euros en 2008, afin de lui éviter une débâcle, qui aurait été à la Grande-Bretagne ce que la chute de Lehman Brothers a été aux Etats-Unis.

Les conclusions de cette commission, si elles étaient retenues, représenteraient, estime le Guardian , la plus importante réforme du système financier depuis la période de dérégulation chère à Margaret Thatcher. Les banques hurlent, le ministère des finances dit approuver ces préconisations, c’est lui qui a installé la commission. Mais, mais, oui, il y a un mais : cette réforme, pour historique qu’elle soit, est pour l’instant repoussée bien après les prochaines élections, en 2015, voire à plus tard, 2019. Là, tout de suite, ça douche les enthousiasmes, non ? Certes, le rapport estime qu’il faudra que les banques débloquent environ 6 milliards d’euros pour se mettre en conformité. Mais combien seront dépensés par leurs conseillers pour contourner la loi, voire en repousser, à jamais, l’application ?

Le projet ne dit rien de l’extravagance des bonus versés aux traders, ni des managers pousses-au-crime, ou du manque de transparence de l’activité de trader. Il entérine les circuits parallèles, comme les hedges funds. Et pourtant, conclut un essayiste ayant écrit sur la crise, « Le Royaume-Uni fait œuvre de pionnier en matière de réforme, structurelle bancaire. Espérons que le reste du monde suive son exemple ». Ah bon ? Mais au fait, ça servait à quoi le G20 ? Vous savez le concept, là : la refondation du capitalisme.

© Audrey Pulvar

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