Le dessin de Jonaten
Le dessin de Jonaten © Jonaten / Jonaten

Curieuse, cette maladie bien contemporaine qui frappe essentiellement ceux qui travaillent, mais pas seulement. Cette névrose tellement répandue que des courants se forment, des groupes se constituent, des mouvements naissent, pour s’y opposer. Contre culture d’un nouveau diktat : le manque de temps ! Courir, encore et toujours. Pour être dans le coup, moderne, dans l’match, tu courras, point. Ton agenda tu rempliras, ton train, ton bus, ton métro tu rattraperas hors d’haleine, dans les embouteillages tu pesteras, à la moindre minute perdue, à la plus infime seconde de trop mise par le crétin de devant ne démarrant pas pile au vert, tu laisseras rompre la digue par laquelle se déversera une bordée d’injures aux vertus apaisantes. Quoique… vraiment apaisantes ? ô stress quand tu nous tiens ! Drôle d’époque où tout va plus vite, dématérialisé, instantané, mondialisé et dans laquelle pourtant, nous avons toujours la sensation de manquer de temps pour profiter de ce temps gagné. Compulsion, action, toujours plus. Le temps n’est plus de l’argent, c’est de l’argent perdu. Alors on en rachète. Comme ces « cadres sup » débordés. Ils n’ont tellement pas de temps et l’habitude de faire gérer par d’autres cette pénurie, qu’ils en viennent à sous-traiter le temps d’une rencontre, pour une nuit ou pour la vie. Célibataires : « j’ai une vie très remplie, mon travail accapare une grande partie de mon temps, j’ai de mon en moins le temps de rencontrer de nouvelles personnes. Le soir, je rentre très tard du boulot et quand je rentre plus tôt, je préfère aller boire un verre avec des amis ou voir ma fille de 10 ans »… Alors ? Alors eux ne se contentent plus de chercher l’âme sœur ou la fille d’une nuit sur les sites Internet de rencontre, ils paient en plus des hommes de paille, pour draguer à leur place. La création de leurs profils, la recherche des femmes correspondant à leurs critères, les premiers échanges de mails, la complicité qui s’installe, la confiance gagnée, un numéro de téléphone et enfin, un premier rendez-vous… Tout cela, ils le sous-traitent. Ils font appel à des net-dating-assistants. Un service comme un autre désormais accessible et tarifé. D’un clic, on pouvait déjà se payer un ou une prostituée, un faux fiancé, le temps d’une soirée en famille, de faux amis pour se croire entouré, un ventre pour mettre au monde son enfant… Aujourd’hui, on peut aussi acheter la (fausse) magie d’une rencontre amoureuse.

© Audrey Pulvar

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