Le dessin de Jonaten du 14-02
Le dessin de Jonaten du 14-02 © Jonaten / Jonaten

Une page entière, dans le cahier saumon du Figaro ce matin. Ca se passe à la City de Londres. Vous savez, l’Etat dans l’Etat britannique. La place forte qui génère 10% du PIB du pays ! C’est la complainte du trader inquiet. Inquiet pour son bonus, « ils seront réservés à un tout petit groupe cette année », inquiet pour son emploi « ça s’est passé selon le processus classique. Mon chef et un responsable des ressources humaines m’ont convoqué pour un entretien, et j’ai arrêté de travailler le jour-même »... Eh oui, ça se passe comme ça au pays du libéralisme triomphant, même quand on travaille depuis dix ans pour la même boîte.

Du jour au jour même, viré, fini, vidé, sans indem’, sans chômage et sans perspective. Le trader moyen est donc aussi inquiet pour son avenir. « L’ambiance est assez épouvantable ! Dominée par la peur et l’insécurité ». Il ne devrait pas pourtant, s’inquiéter autant notre trader. Parce que le marché de l’emploi à la City, ça va ça vient, comme les marchés, justement. Près de 30 000 emplois supprimés à la City l’an dernier, sur 315 000, mais la purge devrait ralentir cette année et d’après les prévisions, l’an prochain on recommencera à embaucher à tour de bras, dans les salles de marchés. On est habitués, à la City, à ces compressions-extensions brutales. En période de crise les banques « diminuent les couches » de salariés, c’est la formule consacrée paraît-il. Alors patience… Bon, d’accord, les bonus sont en baisse cette année, de près de 40%... ça fait tout de même près de 5 milliards d’euros à se partager entre quelques milliers de « winners » du haut du panier. En attendant des jours meilleurs, les Français de la City rentrent donc au pays, la France, par wagons entier d’Eurostar, nous dit Le Figaro . Trop compliqué de faire face aux frais de scolarité privée exorbitant de leurs minots ou de continuer à payer des loyers à cinq chiffres. Le marché n’étant jamais à court d’idée, une psychologue a trouvé judicieux d’ouvrir au cœur de la City un cabinet destiné à soulager les maux de ces millionnaires stressés. La clientèle afflue et la psy raconte : ce ne sont pas des dépressifs qui viennent consulter. Non, chez ces combattants au moral de gagneurs, on n’a pas le temps pour cela. Leur problème c’est plutôt de remplacer une addiction par une autre. Habitués au stress extrême, au risque, aux gains faramineux réalisés en un claquement de doigts… Comment faire pour meubler des journées de chômage dans leurs appartements cossus ? « Il y a un risque de décompensation violente , dit la psychologue, d’addiction à l’alcool ou aux drogues, voire de suicide »… diantre ! C’est du sérieux. Et dire que les Grecs, eux, font face à l’adversité.

© Audrey Pulvar

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