Le dessin de Jonaten du 14-05
Le dessin de Jonaten du 14-05 © Jonaten / Jonaten

A quoi sert le vote ? A quoi sert, pour chaque citoyen, le fait de mettre dans une urne le bulletin correspondant le mieux à son état d’esprit, ses convictions, ses révoltes ou ses espoirs ? On pourrait se poser la question à voir les difficultés des partis politiques grecs sortis en tête des législatives de dimanche dernier, à former un gouvernement. Mais le sens de ce vote, n’est-ce pas surtout Bruxelles qui le piétine aujourd’hui ? Bruxelles mais aussi le FMI ou plutôt Berlin et son intransigeance, inchangée, une vision unilatérale de l’histoire, de la crise, des solutions à la crise qui, bien qu’ayant prouvé sa totale inefficacité depuis deux ans, reste l’option choisie. Aus-té-ri-té ! On ne change pas une tactique qui perd. Ainsi, au vote exprimé le 6 mai, mettant en position de force les opposants aux plans de rigueur successifs imposés à la Grèce, Bruxelles, Berlin et le FMI répondent : « nous attendons du prochain gouvernement grec qu’il poursuive le plan de rigueur qui accompagne l’aide internationale »… Sinon ? Sinon, la zone euro se passera de la Grèce. Pas plus difficile que ça. Se soumettre ou se démettre. Pourtant, depuis le début de la « crise grecque », les plans de rigueur plus drastiques les uns que les autres, entraînant entre autre des privatisations massives, et un écrasement des services publics n’ont eu pour conséquence ni un allègement de la dette grecque, ni une amélioration du sort de sa population - bien au contraire-, ni une valeur d’exemple pour les autres pays en crise. A part servir de laboratoire et d’épouvantail permettant de stériliser les autres populations d’Europe dans la peur et l’idée qu’hors la rigueur, point de salut, la mise à genoux de la Grèce par des « partenaires » censés l’aider à relever la tête n’aura produit aucun des effets promis. Les Grecs, eux, veulent, majoritairement, rester dans la zone euro. Pas fous. Mais ils réclament une autre politique que celle qui n’a pas marché depuis deux ans et les a rendus exsangues. La fin de non-recevoir qui leur est adressée ne risque-t-elle pas de les pousser à plus de radicalisation, à un embrasement du désespoir facilement contagieux ? Georges Prévélakis est professeur de géopolitique à la Sorbonne, il rentre d’Athènes et met en garde contre « l’approche techniciste des problèmes » alors qu’il y a « un risque réel de déstabilisation de la région ».

« La situation est explosive », dit-il encore, « la Grèce court vers l’abîme »… Mais Bruxelles, ni Berlin, ni Washington n’entendent, et continuent de vider d’espoir le cœur des Grecs.

© Audrey Pulvar

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