Le dessin de Jonaten du 14-03
Le dessin de Jonaten du 14-03 © Radio France / © Jonaten - 2012

Le quotidien 20 minutes est quasiment le seul journal national à en parler ce matin : la fin de la trêve hivernale c’est pour après-demain. Une angoisse pour tous les mal logés, expulsables, qui avaient bénéficié d’un sursis de quelques semaines. Comment ça mal logés ? Ils ont un toit sur la tête ! Oui mais un toit, un chauffage, un lit propre, à soi que l’on sait pouvoir perdre incessamment pour basculer dans l’inconnu, la précarité, voire la rue : est-ce être un bon logis ? 20 minutes interview une femme, huissier, qui promet : « moi, je n’ai jamais procédé à une expulsion le 15 mars. On n’expulse pas du jour au lendemain ! ». C’est pourtant ce que craignent les centaines de milliers de français en situation d’être chassés de chez eux. Comme Hémorit, veuve, mère d’un garçon de 19 ans qui vit avec elle. Hémorit a toujours payé ses loyers en temps et en heure, mais raconte-t-elle, en 2008, son propriétaire a voulu récupérer le logement, pour y installer sa propre famille. Hémorit, locataire depuis 15 ans, ne veut pas partir. Partir pour où ? Avec le RSA et quelques travaux ponctuels, Hémorit plafonne à environ 1100 euros de ressources, chaque mois. Juste assez pour survivre, mais pas assez pour louer un nouveau logement dans le parc privé, en raison de l’augmentation des loyers et des critères de plus en plus durs imposés par les agences et les particuliers, avant d’accepter un dossier. « Nous ne savons pas où aller à part la rue. » dit Hémorit. Depuis 23 ans, elle demande un logement social. Demande renouvelée, infatigablement, chaque année. En vain. En septembre 2010, Hémorit a reçu un commandement du tribunal d’instance lui demandant de quitter les lieux sous trois mois. Elle ne part pas. En décembre 2011, elle est avertie que son expulsion, autorisée par le préfet, aura lieu dès la fin de la trêve hivernale Pourtant, depuis 1 an, Hémorit fait partie des demandeurs prioritaires du Droit au logement opposable depuis mars 2011 et précise le journal, « en septembre dernier, le tribunal administratif a condamné le préfet à la reloger avant mai prochain, sous peine d’indemnités. Hémorit voudrait donc comprendre pourquoi la décision de l’expulser prendrait le pas sur la condamnation de la Préfecture à lui trouver un toit.

D’après la Fondation Abbé Pierre, 1 million 300 000 locataires et plus de 550 000 propriétaires sont en difficulté de paiement de leurs loyers ou de leur crédit immobilier, et 92 000 ménages c'est-à-dire près de 200 000 personnes au moins, sont sous le coup d’une expulsion. Ajoutez-y les sans-abris, l’habitat précaire, les personnes vivant chez un tiers, l’insécurité énergétique, l’habitat surpeuplé, insalubre, hors norme et ce sont 10 millions de personnes, 1 français sur 6, qui subissent directement l’impact de la crise du logement. Un chiffre inchangé depuis des années. Le logement, un thème pourtant mineur, de la campagne présidentielle.

© Audrey Pulvar

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