Manifestation de syriens de France
Manifestation de syriens de France © Radio France / Vanessa Descouraux

Moi, moi, moi ! Quelqu’un d’autre ? Non ? Moi, moi, moi pour remplacer mon dictateur assassin de neveu ! « Moi », c’est Rifaat el-Assad, ex-dirigeant syrien de la veine des intransigeants, le mot est faible, faisant feu de tout bois à la tête des Brigades de défenses, jusqu’au milieu des années 80, pour mater les Frères Musulmans. Il est accusé par les associations de défense des droits de l’Homme d’avoir participé au massacre de Hama en 1982, lequel avait fait entre 10 et 25 000 morts. S’opposer à Hafez-el-Assad, à l’époque, se payait d’un prix aussi élevé qu’aujourd’hui. Peut-être plus, réseaux sociaux et information en continue n’étant alors pas la règle. Rifaat el-Assad, exilé entre Paris et Londres nous dit l’AFP, crée un Conseil National Démocratique (sic) et réclame aux pays Arabes qu’ils garantissent à Bachar el-Assad de pouvoir démissionner, sans plus de comptes à rendre sur les exactions commises en son nom et qu’ils assurent la « survie » financière du clan d’el-Assad. Une fois ces détails d’intendance réglés, Rifaat se propose de prendre la succession de Bachar, à la tête de son pays, la Syrie. Robuste optimisme ! Renforcé par la décision des pays de la ligue Arabe ce week-end, de suspendre la Syrie de son assemblée et de la menacer de sanctions si la répression des manifestations d’opposants au régime ne cesse pas. Reste que loin des salons feutrés d’un hôtel haut de gamme, où un ancien serviteur zélé de l’autoritarisme sanguinaire des el-Assad tente de se refaire une virginité, sur le théâtre des massacres, la population syrienne révoltée manque d’air. Ereintée, épuisée, asphyxiée. Neuf mois qu’elle combat. A mains nues, face à une armée certes démotivée, mais toujours aussi féroce dans les réponses apportées au soulèvement populaire. Tirs à balles réelles dans la foule, arrestations massives, tortures, assassinats. Ceux qui, légèrement tourmentés par leurs conscience, tentent de désobéir, sont promis à une condamnation à mort. Bachar el-Assad a même inventé un tribunal militaire itinérant pour comparutions immédiates devant le peloton d’exécution. Combien de morts depuis les premières manifestations, nées, on le rappelle, du haut le cœur d’une partie de la population devant les tortures infligées à des enfants, qui avaient été arrêtés pour avoir écrit des graffitis hostiles au régime ? 3500 dit l’ONU ; beaucoup plus, soupçonnent les ONG. Quelle réaction ? Quelle assistance de la Communauté Internationale ? Des condamnations verbales, tardives. Quelques avoirs gelés, des tergiversations sans fin au Conseil de Sécurité de l’ONU. Les Syriens appellent à l’aide. Et le conflit change de nature. Lui qui se voulait une mobilisation pacifique réclamant le respect des droits humains fondamentaux, se voit infiltré, récupéré, épaulé (?), par de plus en plus de soldats déserteurs et ex-caciques du régime. Des armes circulent, en provenance du Liban, avec l’assentiment implicite de Damas, trop content de décrédibiliser ainsi le mouvement. Le Printemps syrien pacifique menace de basculer dans la guerre civile. El-Assad ne demande que cela, pour justifier une répression plus dure encore.

© Audrey Pulvar



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