Y’a pas moyen. Quelque soit le biais par lequel on les prend, pas moyen de se satisfaire des études, rapports, statistiques régulièrement fournies par l’OCDE sur l’état de l’école en France. Qu’il s’agisse de la capacité du système à former ses élèves, en dépit de leurs inégalités de milieux culturels, de revenus ou de conditions de vie familiales. Que l’on se penche sur la densité des programmes et ce qu’il en reste d’acquis, aux étapes clés d’une scolarité, sur le nombre d’élèves par classe, le nombre d’enseignants qui leurs font face, les rythmes scolaires et leurs conséquences sur la santé ou les résultats de nos enfants ou sur le taux de scolarisation après 16 ans : chaque fois, la France fait figure de mauvaise élève, dès lors qu’on l’évalue par rapport à d’autres pays au niveau de développement comparable. L’école publique, en France, ça ne marche pas. Pas aussi bien que pourrait y prétendre la sixième puissance mondiale. Et maintenant, c’est le quotidien Le Monde qui s’en fait l’écho dans son édition datée d’aujourd’hui, un rapport de l’OCDE pointe la faiblesse des salaires des enseignants. Comparativement à l’inflation et surtout, comparativement à la situation des profs des autres pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques, les enseignants français n’ont cessé de perdre du pouvoir d’achat depuis 1995. Qu’ils soient débutants ou vieux briscards et malgré des primes mises ponctuellement en place par les gouvernements successifs, les enseignants, du primaire au lycée gagnent de moins en moins, pour des classes de plus en plus surchargées et un métier souvent ingrat. L’Allemagne, à laquelle nous sommes souvent comparés, paie une fois et demi plus ses enseignants du primaire, et deux fois plus (!) qu’en France, ses enseignants du secondaire. Un professeur d’histoire-géographie, dans un collège de ZEP raconte : « 1900 euros de salaire net, une prime ZEP de 88 euros et une heure sup à 120 euros… 2100 euros après 10 ans d’exercice et bac + 5… je le savais en passant le concours mais quand même ! ».

Bien sûr, beaucoup de Français aimeraient gagner 2100 euros par mois et les enseignants ne sont pas les plus mal lotis dans notre pays, loin de là. Mais comment expliquer que leur pouvoir d’achat se dégrade ainsi, alors que 66 000 postes ont été supprimés dans l’Education nationale depuis 2007 et que, théoriquement, la moitié des économies réalisées par le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux est destinée à revaloriser le traitement de ceux qui restent ? Comment justifier le fait que, plus globalement, la part du PIB consacrée à l’école ait baissé de 0.3% entre 2000 et 2008 (derniers chiffres connus) ? Où la gauche trouvera-t-elle l’argent permettant d’inverser la tendance,si elle emporte la présidentielle de 2012 ? L’élève socialiste devra faire ses preuves à l’examen.

© Audrey Pulvar

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