Le dessin de Jonaten du 15-12
Le dessin de Jonaten du 15-12 © Jonaten / Jonaten

No money, no help, no arm… Ils se sentent abandonnés, livrés à eux-mêmes et à la cruauté d’un régime qu’aucune exaction n’effraie. Jetés en pâture aux prédateurs d’organisations terroristes des pays voisins, pris entre plusieurs feux, plusieurs extrémismes. Que reste-t-il des revendications de départ ? On ne sait plus : « Au début, les manifestants réclamaient plus de liberté.

Aujourd’hui la violence fabrique de la violence, la haine créé la haine. On ne s’en sort plus … ». A bout, les habitants de la ville d’Homs, entrée en rébellion contre le pouvoir de Damas depuis dix mois. Délaissés par la communauté internationale, soumis à la furie d’un Bachar El Assad, brillant héritier d’un savoir-faire familial en extermination de son propre peuple, ces civils sont maintenant confrontés à la violence de milices et de gangs dont les crimes n’ont plus grand-chose à voir avec les revendications d’un respect élémentaire des droits de l’Homme. Peut-être 5 000 morts depuis le début des soulèvements, des enfants torturés, des massacres sous l’œil indifférent d’un ordre mondial trop occupé à préserver ses propres intérêts, et voilà que la révolution en Syrie tourne vinaigre, côté rebelles aussi, si l’on en croit le témoignage d’un journaliste des Inrockuptibles , rentrant d’un reportage à Qousseir, ville fantôme et à Homs, ville de la mort. Il y a été témoin d’arrestations arbitraires, de fusillades effrayantes et a recueilli le témoignage d’habitants racontant comment au matin, les cadavres de la nuit jonchent les rues, parfois découpés en morceaux, tandis qu’à Damas, nous raconte-t-il encore, les terrasses de café sont bondées, des jeunes jouent aux cartes, apparemment insouciants, et des chrétiens manifestent leur soutien au régime, redoutant qu’un renversement ne signe l’arrivée d’islamistes qui leur mèneraient la vie dure.

Depuis la Turquie voisine où ils ont trouvé abri, des déserteurs de l’armée syrienne se confient à un journaliste du Monde . S’il y avait une zone de sécurité pour eux et leurs familles, disent-ils, 80% des soldats de l’armée syrienne déserteraient. Accueillis par des dissidents des années 80, installés depuis en Turquie, et qui ont fondé sur place l’Armée Libre de Syrie, ils disent redouter encore plus de répression de la part d’El Assad si la communauté internationale continue de laisser faire et en réponse, une guerre civile, alimentée par Al Qaeda.

Comme un cauchemar éternellement recommencé.

© Audrey Pulvar

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