Le dessin de Jonaten du 15-02
Le dessin de Jonaten du 15-02 © Joanten / Jonaten

Gavés, paumés, cernés… Trop plein. Un court article, dans la presse du matin me file le bourdon. Et la nostalgie d’un temps pas si lointain, où le bon produit c’était celui qui durait, longtemps. Un coup d’vieux ? Peut-être. On se serait trompé de siècle ? Probable. Au siècle dernier donc, il y a trente ans, le vite consommé vite jeté, c’était plutôt le quotidien du bas de l’échelle. Se rassurer sur sa réussite sociale, via les biens de consommations, c’était acquérir du massif, du costaud, du qui durera longtemps, au point, parfois, qu’on pourra le transmettre à la génération suivante. L’objectif, c’était de ne pas avoir à racheter plusieurs fois la même chose. On avait des sous, on en mettait un peu de côté et le reste dans du bien durable. Comme chez ceux du haut du panier.

Formidable prestidigitation du marché consumériste triomphant. Non, non, pas le consumérisme, en fait. Plutôt le consommisme, comme on parle d’alcoolisme. Bienvenue dans l’ère et l’air du à-peine-produit-déjà-obsolète. Acheter, acheter, acheter, tenter sans cesse, en vain, de combler un vide intérieur grandissant à mesure qu’on le remplit. Acheter pour retrouver via la machine l’humain perdu en route. Apple s’apprête à sortir, là, dans trois semaines, l’Ipad 3. Ben oui, quoi, vous venez à peine de finir de mettre de côté de quoi vous payer le 1 ? Vous avez à peine sorti de sa boîte le 2 ? Too bad. Vous êtes déjà has been, dépassé. Il paraît qu’il aura une meilleure résolution, qu’il sera compatible 4G, qu’il aura un écran plus petit… Plus facile à transporter. Un instant : il n’y avait vraiment pas moyen de sortir cette version-là, dès le début, il y a deux ans ? Z’avez pas l’impression parfois qu’on nous prend pour des gogos ? Aujourd’hui, posséder, afficher sa réussite sociale, vivre comme ceux du haut du panier, c’est pouvoir jeter ce qu’on vient d’acheter. On revoit ces images de désert américain saturé de carcasses d’avions, ce plan saisissant d’un immense hangar où étaient entreposés, sagement rangés en attente d’un hypothétique désossage, des milliers d’ IMac -vous vous souvenez, ces ordinateurs de bureau d’il y a une quinzaine d’années, qui signaient le réveil de la marque Apple, avec leurs jolies couleurs acidulées ?-… Délirium boulimens. C’était dans le Syndrome du Titanic , de l’ami Nicolas Hulot. Allez, Souchon, pour remède.

© Audrey Pulvar

Les références
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.