C’est un vieil espoir. Rarement concrétisé. Oh bien sûr, il y a l’indépassé Nuremberg et quelques moments d’histoire, morceaux de bravoure du Tribunal Pénal International, travail de fond de telle ou telle commission justice et réconciliation, mais globalement, la vie de criminel de guerre est rarement ponctuée d’un rendez-vous avec la justice des hommes, voire d’une condamnation pour les exactions et atrocités commises. Il aura donc fallu dix années, 10 ans !, à la Cour Pénale Internationale pour juger son premier accusé.

Thomas Lubanga, ex-chef de guerre en République Démocratique du Congo a été reconnu coupable hier d’avoir enrôlé, de force, des enfants de moins de 15 ans dans sa milice, enfants soldats envoyés au front ou dévolus à sa protection pour les garçons, esclaves sexuelles pour les filles. 129 victimes étaient représentées et 36 témoins ont été cités. Leur nombre réel est bien plus important. C’est en Ituri que ces crimes ont été commis, région en guerre quasi incessantes, conflits ethniques ou de guérillas, pour le contrôle d’un territoire riche en or, cobalt, diamants et mineraies.

Six années de procédure ont été nécessaires et déjà, les critiques fusent. Oui, cette condamnation est importante, disent les spécialistes de la région. Mais Lubanga c’est du menu fretin. Quid des hauts responsables congolais aujourd’hui en place, qui ont du sang plein les bottes et ne sont pas inquiétés ? Quid d’autres hommes forts, comme Omar-El-Béchir, le président du Soudan, frappé d’un mandat d’arrêt international, inculpé pour crimes de masses, au Darfour mais pas interpellé ? Laurent Gbagbo, ex-président de Côte d’Ivoire, répondra-t-il des crimes qui lui sont reprochés ? Combien d’années supplémentaires faudra-t-il pour que ces justiciables hors d’atteinte soient eux aussi traduits devant une juridiction équitable ? En République Démocratique du Congo, le pays de Thomas Lubanga, si la situation politique se stabilise, des associations humanitaires suspendent régulièrement leurs missions, en raison des attaques, dues à des groupes armés.

Les actions violentes, le viol utilisé comme une arme de guerre, continuent. Les conflits depuis le milieu des années 90 ont fait près de 70 000 morts. Une bonne nouvelle ? Dans les régions les plus sensibles, le choléra est en net recul.

© Audrey Pulvar

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