A quoi joue-t-on ? A se faire peur ? A prendre les marchés à leur propre piège ? Oui, la crise des dettes publiques et privées des pays de la zone euro est grave. Gravissime même. Oui, elle les expose à des attaques meurtrières sur les marchés, à voir renchérir de façon insupportable les taux auxquels leur sera prêté l’argent qui les maintient sous respiration artificielle, oui, la rigueur est au coin de la rue mais non, l’Allemagne et la France ne prendront pas la responsabilité de déclencher la monumentale déflagration que représenterait un abandon de la Grèce à ses difficultés.

Alors à quoi joue-t-on ? Du FMI, où Christine Lagarde appelle -une gravité de plomb dans la voix- à une « recapitalisation urgente » des banques européennes exposées à un éventuel défaut de paiement de la Grèce, au gouvernement allemand dont le ministre de l’Economie laisse entendre que l’option d’une « insolvabilité organisée » de la Grèce, voire sa sortie de la zone euro sont des options possibles, pourquoi ajouter de l’angoisse à la fébrilité quand on sait :

1/ que les banques, nouvelles réglementations obligent, ont les réserves leur permettant de faire face, pour le moment ;

2/ que la zone euro ne peut pas se permettre de lâcher la Grèce ;

3/ que dès le début de cette crise, de plan de sauvetage en plan de sauvetage, on a toujours su que les Grecs ne pourraient pas rembourser et que leurs créanciers devraient renoncer à une partie de leur argent.

Ajoutez à cela le soutien de la Banque Centrale Européenne, qui rachète à tour de bras de la dette souveraine d’états membres de la zone euro en difficulté, les plans d’austérité, plus drastiques les uns que les autres et la sensibilité des spéculateurs, sur les marchés, au moindre éternuement de l’Europe et l’on comprend mal pourquoi, au plus haut niveau des institutions de la zone euro, certains semblent s’ingénier à aggraver la situation par des déclarations exagérément alarmistes. Une façon de justifier aux yeux des Grecs ou des Italiens, et demain des Espagnols ou des Français, la dureté de mesures censées réduire l’endettement public et nous mettre sur la route de la vertu budgétaire ? Une manœuvre pour affoler les détenteurs de dette grecque et les inciter à s’en débarrasser à bas prix, avec pour effet mécanique un allègement de la contrainte de la charge de cette dette sur la Grèce ? Un moyen de pression sur les banques, créancières de la Grèce, pour qu’elles se montrent plus souples à l’égard de leur obligée ?

Les Grecsn, pendant ce temps, figurants involontaires d’une pièce de théâtre dont les ficelles sont tirées de très haut, regardent débiter en tranche leur pays.

© Audrey Pulvar

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