Le dessin de Jonaten du 16-02
Le dessin de Jonaten du 16-02 © Jonaten / Jonaten

Tellement caricatural, qu’on en sourirait presque. On est avenue Foch. Les clichés ont la peau dure. Un immeuble entier. 5000 m2. C’est qu’on en logerait, des sans domicile fixe, dans cet hôtel très, très particulier. Oh, ça ne dérangerait pas tant que ça son propriétaire, dont la gardienne affirme qu’elle ne le voit que deux fois l’an. A Noël et au Printemps. Le reste de l’année ? Ce sont des employés de maison, nombreux, qui peuplent les lieux. Aux heures de travail. 5 000 m2 de luxe, six étages, 101 pièces. Que des meubles de collection, des œufs Fabergé, des tableaux rares, une statue de Rodin, tapis, bibelots, chandeliers. Des milliers d’objets, d’art, de collection ou de pur luxe contemporain. Deux semi-remorques et une semaine de travail suffiront-ils à tout photographier, répertorier, emballer et emporter ? Les enquêteurs déployés sur les lieux n’en s’ont pas sûr. Ont-ils déjà eu l’occasion, en toute une carrière de mener une telle perquisition ? Pour la plupart, non. Ils sont mobilisés depuis deux jours au domicile, l’un des domiciles, de Teodorin Obiang, homonyme et fils du président de Guinée Equatoriale. Et cette perquisition, c’est l’un des rebondissements d’une enquête au long cours. Une plainte, déposée en 2008 par l’association Transparency International, contre les présidents du Congo, de Guinée et l’ex-président gabonais, Omar Bongo, le grand ami de la France et de sa classe politique. Teodorin Obiang, donc, fils de, vivait plutôt bien, dans ce pied-à-terre parisien si peu fréquenté. Hammam, jacuzzi, salon de coiffure à domicile, salle de sport, salle de cinéma et une quinzaine de voitures de prestige, plusieurs Ferrari, des Bugatti, des Porsche, également saisies. Peut-être achetées aux Etats-Unis et entrées en France via la Hollande. Comment Teodoro Obiang explique-t-il un tel train de vie ? L’homme est invisible pour le moment. Il faut dire que ce ne sont pas les propriétés qui lui manquent, pour vivre ailleurs qu’en France. Ses avocats, Français, hurlent leur indignation devant l’iniquité du sort fait à leur client. Mais qui s’indigne pour les Guinéens alors que dans le dossier apparaissent des factures, pour ces fameuses voitures, payées directement par le Trésor Public de Guinée ? Quel grand avocat parisien représentera les intérêts d’un pays dont 70% du peuple vit dans la pauvreté, alors que la Guinée Equatoriale, assise sur ses gisements de pétrole, connaît une croissance phénoménale : 38% en 2004, par exemple, 5% en 2011, 7.5% prévus pour 2012… et un taux d’endettement de 5% du PIB, quand la France est à un niveau de 84%. A qui profitent les revenus des hydrocarbures, dans ce pays fermé, dirigé d’une main de fer par les mêmes, depuis 1979 et commerçant essentiellement avec la Chine, classé 164ème sur 183, dans un baromètre de la Banque Mondiale, le Doing Business, qui estime le niveau de corruption et d’inertie administrative d’une économie ?

Alpha Blondy pour toute réponse.

©Audrey Pulvar

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