Claude Guéant est ministre de l’Intérieur. Ex-secrétaire général de l’Elysée, ex-directeur de campagne du candidat Nicolas Sarkozy, ex-directeur de cabinet du ministre Nicolas Sarkozy, à l’Intérieur et aux Finances. Claude Guéant a décidé de rencontrer la rédaction de Libération pour donner sa version de son rôle, ou son absence de rôle, dans les dernières affaires politiques. Oui, Claude Guéant connaît bien Robert Bourgi, avocat, revendiqué docteur ès Francafrique, dénonciateur compulsif de financement illégal de campagne électorale. Bourgi, l’homme qui accuse Chirac et Villepin d’avoir illégalement reçu pendant des années des millions voire des dizaines de millions d’euros, de dollars, de francs… ça varie en fonction des interviews. Bourgi qui affirme que c’est lui qui portait les valises entre les capitales africaines et le bureau de Chirac ou Villepin. Il ajoute que Nicolas Sarkozy était au courant de ces remises d’argent mais qu’il n’a pas voulu lui-même en profiter. Bourgi dont Claude Guéant reconnaît aujourd’hui qu’il le rencontrait une fois par mois. Pourquoi ? Parce que c’est un bon connaisseur de l’Afrique. Nicolas Sarkozy assistait-il à ces entrevues ? « Oui c’est arrivé, bien sûr », répond Claude Guéant. Alors, quid de ces auto-accusations monsieur Guéant ? Le fait que Bourgi reconnaisse lui-même avoir porté des valises pleines d’argent ? Ca ne vous dérangeait pas ? « C’était une rumeur » répond Guéant. « Elle circulait dans tout Paris, mais ajoute-t-il, je n’ai jamais vérifié ». Ah bon ? « Quand vous parlez avec quelqu’un, par exemple de l’évolution du Sénégal, je ne vois pas ce que peut vous apporter une exploration de son passé ». Claude Guéant, il est vraiment pas malin ou il nous prend pour des jambons ? Ainsi le secrétaire général de l’Elysée, puis ministre de l’Intérieur a pu être approché, puis ami, d’un truand, sans le savoir ? Il peut mettre en contact Nicolas Sarkozy et ledit truand sans sourciller, sans vérifier si la fréquentation de cette personne pourrait causer préjudice au Président de la République et surtout, ne même pas prendre la peine d’alerter Nicolas Sarkozy à propos des rumeurs sulfureuses concernant ce « conseiller » très spécial ? A quoi sert d’être ministre de l’Intérieur, alors ? Zyad Takkiedine, mis en examen, dont les biens ont été saisis, considéré comme l’un des pivots de l’affaire d’un contrat d’armement passé avec Karachi et dont la non-exécution complète a peut-être un lien avec l’attentat qui a fait quinze morts à Karachi en mai 2002, dont onze Français employés de la DCN ? Un autre ami de monsieur Guéant. Pas gênant ? « Il y a peut-être des histoires de commissions. Mais moi, je m’occupais de la promotion des intérêts français ». Mort de rire on vous dit !

L’interview courre sur quatre pages, et le reste est à l’avenant. Toutes les affaires récentes y passent : le livre de Péan, les déclarations de Bourgi, les ennuis judiciaires de Takkiédine, les écoutes de journalistes. Et chaque fois qu’on lui demande si sa proximité avec les uns, son manque de perspicacité avec les autres sont un problème, le ministre de l’Intérieur répond qu’il ne s’était pas vraiment intéressé au profil de ses interlocuteurs. On se pince. Surtout quand pour clore la polémique, le ministre de l’Intérieur finit par un superbe « je ne suis pas journaliste d’investigation » !

© Audrey Pulvar

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