Le dessin de Jonaten du 17-01
Le dessin de Jonaten du 17-01 © Jonaten / Jonaten

Toujours plus grand, plus gros, plus fort. Des tours de plus en plus hautes, des centres commerciaux gigantesques, des parcs d’attraction immenses, des hangars agricoles démesurés, des usines dont les ateliers s’étendent à perte de vue, des porte-containers mesurant plusieurs centaines de mètres de long… toujours plus. Croissance. La cupidité est-elle encore le moteur de cet appétit jamais rassasié, ou faut-il y voir un inaliénable désir de toute-puissance, narcissisme, prétentieuse volonté de montrer ses muscles, ou une course sans réel but, image d’une machine folle ? Think big ! Oui mais, et l’humain dans tout ça ? 2 000, 3 000, 6 000 personnes, dans le même bateau. Au propre comme au figuré.

Des bâtiments hauts comme des immeubles de 20 étages, des villes flottantes, séjours se voulant parenthèse hors du temps et des contingences de la vie moderne, alors qu’ils n’en sont qu’une illustration terriblement éclatante. Bienvenue à bord ! Société de classes, consommation passive à outrance, impact écologique désastreux, mirage d’une vie facile, melting-pot, cadences infernales pour les petites mains, souvent venues de pays pauvres, qui rendent la magie possible pour une clientèle venue de pays riches. Tout y est, la pauvreté en moins.

Un choc, une gifle, un rappel à l’ordre ? L'un de ces nouveaux titans des mers, lamentable, couché sur le flanc. Les habitants de l’île de Giglio, au large de la Toscane, entendaient depuis la terre les cris des passagers du Concordia nous dit Le Figaro ce matin. Moins d’une heure aura suffi, pour faire de ce symbole du rêve des sociétés consuméristes un grand cercueil d’acier. 6 morts, 29 portés disparus. C’est « peu », hasardait un croisiériste hier, en regard du nombre de personnes transportées. 4200. « Peu » ? Vraiment ? Moins que pour le Titanic, évidemment. Mais les témoignages de passagers désespérés, l’inorganisation manifeste de leur évacuation, les cris de panique et la rapidité de la propagation d’une monstrueuse quantité d’eau dans les cales d’un bateau hypermoderne : imaginait-on cela encore possible aujourd’hui ? Presque exactement un siècle après le plus célèbre naufrage de l’histoire ? Diverses enquêtes détermineront les responsabilités des uns et des autres, diront si les mesures minimales de sécurité avaient été prises, si la route suivie était mauvaise ou pas, s’il y avait assez de canots et de gilets de sauvetage, ou pas. Si le commandant de bord a fauté, menti, trahi. Mais malgré les centaines de milliers d’emplois concernés, du bureau d’étude au cocktail de bienvenue, en passant par le chantier naval et la composition de l’équipage d’un navire, qui dira que le risque zéro est une chimère et qu’à la démesure nul n’est tenu ?

©Audrey Pulvar

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