Le dessin de Jonaten du 18-05
Le dessin de Jonaten du 18-05 © Jonaten / Jonaten

Il est deux heures, Paris roupille, mais quelque part, tout près de la maison ronde, la Maison de la Radio, au pied d’un immeuble banal, débute un drôle de ballet. Loupiotes vertes, loupiotes rouges. Des taxis se croisent, laissent sur le trottoir des silhouettes pas convaincues, le travail c’est maintenant, en emportent d’autres, un rien guillerettes : le dodo c’est pour bientôt. Travailleurs du petit jour et de la nuit se croisent. Fait-il froid ce matin, pardon cette nuit ? Les plus frileux s’engouffrent dans l’immeuble, les plus fumeurs grillent la première d’une longue série.

Il est deux heures trente, Paris sombre dans la nuit noire, l’immeuble entier sommeille. Ici et là, une fenêtre illuminée. Machine à café, bistre, cernes. Pour eux c’est déjà le matin. Début de « journée ». Bonjours chuchotés, passage de relais, regards las, entendus. T’as bien dormi Julie ? J’suis crevé(e) et toi ?

Trois heures quinze… même interrogation que chaque nuit : est-il bien prudent de monter dans un ascenseur qui grince et clignote comme une guirlande de Noël ? En même temps huit étages… là, maintenant ? Ascenseur. Et une petite pensée pour tous ceux auxquels il est arrivé d’y rester bloqués. Huitième, ouverture des portes, pas traînant, habitudes. D’abord saluer chef Eric, son sourire mi-moqueur, mi-protecteur : oh ma pauvre, t’as encore pas dormi toi… ? Mais comment tu fais ? Papoter quelques minutes, ouvrir avec appréhension une boîte aux lettres pleine à craquer… Des livres, des livres, encore des livres. Des lettres, des colis. Tous ces gens auxquels je n’aurai jamais le temps de répondre. Tous ces livres dont je ne pourrai pas parler.

Trois heures trente, bureau 808. La loterie, chaque nuit. Quel tour m’aura joué le chauffage cette fois ? Fera-t-il 5 ou 45 degrés dans la pièce ? Qu’est-ce qui est mieux : bosser avec sa doudoune en grelottant ou se ramollir, en tee-shirt et lutter contre le sommeil ? Je cherche encore la réponse.

Nuit noire, grand calme. Barbara, Souchon ou Nougaro, ça dépend des matins. Pas un téléphone qui sonne, tout un étage pour trois personnes. Un grand bonjour joyeux, toujours joyeux : l’ami Duvic vient d’arriver. Découvrir la presse du matin, presqu’à peine sortie des rotatives. Grand plaisir quotidien. Deux heures de lecture à traquer l’info, l’insolite, le révoltant, l’attendrissant… De quart d’heure en quart d’heure, vos stars du matin cheminent dans le couloir. Cohen, Achilli, Lefébure… Parfois l’un d’eux passe une tête : Salut ! Bien dormi ? ‘tain j’en peux plus… On est jeudi ? Le jeudi c’est le pire... 4h55 un ange passe, elle s’appelle Brigitte, Patient.

Cinq heures, presse lue, écriture du billet. Billet doux, billet dur, lecture de texte, billet de cent balles payé 500 balles. Les minutes passent à grande vitesse. Cinq heures quarante cinq, conducteur. Passer au crible le programme de l’émission, lancements à affuter, chroniques à relire et, dans un monde idéal, bob à écouter. Cinq heures cinquante huit, escalier, septième étage, studio 71. Fauteuil, micro, lumière, écrans d’ordi, dépêches, écrans de télés, chaînes infos. Dans le casque Joël Collado dit qu’il fera doux. Il fait doux puisque Brigitte annonce le passage d’antenne… 5h59 et 50 secondes : vous écoutez France Inter, nous sommes le vendredi 18 mai et il est six heures. Bip bip bip bip…

A tous, merci. Pour tout.

© Audrey Pulvar

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