Minaret à Tozeur, en Tunisie
Minaret à Tozeur, en Tunisie © steve.grosbois

On ne demande qu’à les croire. Les islamistes du parti Ennahda, le plus structuré et le plus connu des 110 partis, 10.000 candidats et 1.600 listes qui se présentent aux élections tunisiennes du 23 octobre. Dimanche prochain, les Tunisiens devront désigner ceux qui rédigeront la future Constitution de leur pays. Donc, pas n’importe quoi. Cette affaire est sérieuse !

Ce sera la première fois de l’histoire de Tunisie que des élections libres, transparentes et démocratiques seront organisées. Alors, on ne demande qu’à les croire, ceux qui vous jurent, la foi au cœur, que bien sûr que non, Ennahda n’arrivera pas en tête puisque la femme tunisienne n’acceptera jamais de voir diriger le pays par un parti islamiste.

Sauf que, selon toute vraisemblance, c’est bien Ennahda qui ramassera la mise dimanche.

On ne demande qu’à le croire, ce parti se voulant vecteur d’un islamisme éclairé. Sauf que ses tergiversations concernent la polygamie, le travail des femmes, l’avortement ou la liberté de culte. Ainsi le porte-parole d’Ennahda affirmait, il y a quelques mois, que « la polygamie est l’un des principes fondamentaux du programme à venir du mouvement Ennahda. Nous défendons ce droit et cette liberté préservée en Islam. Nous sommes déterminés à introduire ce droit à la constitution tunisienne » .

D’après plusieurs sites tunisiens, il aurait également indiqué que vue la difficulté des mariages en Tunisie, Ennahda travaillera à faciliter les procédures de cette affaire pour atténuer le phénomène du refus des jeunes de se marier. C’est pour bâtir une société basée sur une famille solide, loin de l’aspect matériel de la vie quotidienne. « Le mouvement veut, paraît-il , protéger la femme contre la violence et la discrimination ». Ah, le vieil argument du sexe faible !

On aimerait être sûr, mais nous revient à l’esprit un prêche interminable, dans les haut-parleurs d’une mosquée voisine, un soir d’été à Hammamet. Renseignements pris, on s’entendit répondre : « ah ça, c’est la révolution ! Les islamistes prennent leur revanche après avoir été brimés par Ben Ali. Désormais, leur prêche peut durer 40 minutes ! ». Ah oui ? Et la pluralité dans tout cela ? Et les athées ? Du persil dans les oreilles ?

Autre souvenir, celui de ces nombreuses, beaucoup plus nombreuses d’après les observateurs avertis, ces nombreuses femmes voilées de pied en cap, croisées dans les rues de Tunis et sa banlieue.

Les islamistes d’Ennahda sillonnent les quartiers pauvres, évitant de parler religion mais avançant plutôt des thèmes sociaux. Ils espèrent remporter plus de 50% des voix dans la plupart des circonscriptions. Ce qui leur donnerait une confortable majorité pour décider des dispositions de la loi de référence, la Constitution tunisienne.

Le pire n’est jamais certain, dans un pays qui a montré comment il savait prendre en main son destin, parmi une population qui a relevé la tête, après des décennies de dictature. Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il guette.

© Audrey Pulvar

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