Le dessin de Jonaten 19-01
Le dessin de Jonaten 19-01 © Jonaten / Jonaten

Il y eut un temps, il y a… quoi, une dizaine d’années, où pas un journal de 20h, pas un quotidien du matin, ne déroulait l’actualité sans parler d’un plan social et de ses conséquences.

Interviewde salariées Lejaby sur francetv.fr suite au rendu de décision du Tribunal de Lyon le 18 janvier

Boom des délocalisations, mondialisation flamboyante, la France sans usines constatait impuissante l’hémorragie : son secteur secondaire se désintégrait, les politiques fustigeaient, en vain les patrons-voyous ou constataient, penauds, que l’Etat ne pouvait pas tout pour protéger ses citoyens, des Français par centaines de milliers perdaient leur emploi dans des usines auxquelles ils avaient donné 25, 30, 35 ans de leur vie et sans grand espoir de reconversion ; on trouvait pourtant tout à l’époque, des experts du libre-échange heureux pour nous expliquer que tout cela n’était pas bien grave, puisque dans les métiers d’innovation, les filières de haute technicité, le bleu-blanc-rouge avait encore son mot à dire et puis… il n’y en avait pas tant que ça, des délocalisations. C’était juste un sentiment, pas la réalité. Un peu comme quand on nous explique aujourd’hui que les prix n’ont pas tant augmenté que cela. Le pouvoir d’achat qui s’amenuise ? Un sentiment. Les plans sociaux, un temps revenus en Une de l’actu en 2009, quand plus de 3 000 personnes par jour en France, devenaient chômeurs et puis… et puis les ouvriers sont de nouveau entrés dans la nuit des sujets « pas assez sexys », trop « anxiogènes », « plombants » qu’on ne ressort que s’il se passe quelque chose de vraiment spectaculaire. On pensait à tout cela hier soir, en voyant couler les larmes de douleur et d’indignation mêlées, sur les joues des salariés de Lejaby et en etendant leur nouveau patron (Alain Prost) expliquait pourquoi ils délocalisaient en Tunisie.

Extrait du 19/20du mercredi 18 janvier - interview d'Alain Prost, repreneur de Lejaby

Voilà pour l’explication de l’actionnaire. Pour le made in France et le maintient des emplois dans l’hexagone on repassera. Lejaby comptait encore 450 salariés sur le territoire national. Seuls 195 emplois seront maintenus en France. 7 millions d’euros seront investis pour créer une nouvelle marque, Lejaby-Luxe et 500 000 euros sont « prévus » pour « aider les salariés à se reconvertir » annonce fièrement la nouvelle direction. Attendez, 500 000 euros, pour aider les salariés licenciés ? Ils sont 255 ! 500 000 divisé par 255, ça fait 1960 euros et 78 centimes par personne. Comment vous dire ? 1960,78 euros par personne.

Extrait du 19/20du mercredi 18 janvier - interview d'une salariée de Lejaby

En 2003, 225 personnes avaient déjà été licenciées, chez Lejaby. En 2009, 185 de plus. Trois usines avaient fermé et 90% de la production de cette marque, pourtant française, se faisait à l’extérieur. A l’Elysée hier, on se réunissait en sommet social, en campagne les candidats à la présidentielles vantaient le made in France, à Ysseingaux en Haute-Loire et à Rilleux, dans le Rhône, on n’avait plus que ses yeux pour pleurer.

© Audrey Pulvar

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