Le dessin de Jonaten du 19-03
Le dessin de Jonaten du 19-03 © © Jonaten - 2012

« Un gars joyeux, plein de vie… non vraiment, je n’aurais jamais imaginé cela de lui ! » C’est une voisine de Robert Bales qui parle. Et tout le weekend, les américains ont vu défiler sur leurs écrans de télévision les mines consternées, attristées des voisins, amis et avocats de cet homme de 38 ans. Robert Bales ? Le visage de la barbarie, c’est lui. Ce soldat américain est accusé d’avoir, tout seul, tué 16 personnes, dans la nuit du dimanche 11 mars, dans deux villages afghans, près de la base du district de Panjwayi, dans la province de Kandahar.

Parmi ses victimes figuraient beaucoup de femmes et d’enfants, précisent les autorités afghanes. Des corps auraient été brûlés. 16 personnes, tuées apparemment sans raison, à l’aveugle. En pleine nuit, Bales quitte sa base, va commettre ses crimes puis il rentre et se rend. L’homme est alors placé en détention provisoire mais le magistrat militaire qui l’a entendu ensuite n’a pas prononcé de chefs d’inculpations.

C’est donc un accusé de… rien, qui a quitté l’Afghanistan, transféré vers une prison militaire, aux Etats-Unis. Et son arrivée dans son pays ne préjuge pas, dit un porte-parole du Pentagone, de sa prochaine inculpation. Colère d’Hamid Karzaï, le président afghan, enfin fatigué de jouer les marionnettes ? Il voulait que Robert Bales soit jugé en Afghanistan, mais ça, ce n’est pas possible, puisque les soldats américains ne sont ni jugés ni condamnés en dehors de leurs pays. Il affirme que Bales n’était pas seul, que d’après des témoignages des villageois, ce sont 15 à 20 soldats qui ont mené cette terrible expédition… Information qui, si elle était confirmée, donnerait une toute autre mesure à cette tragédie. Mais saura-t-on un jour la vérité ? En attendant, la version officielle est celle du coup de folie d’un homme seul. Etait-il pris de boisson ? Souffrait-il d’un syndrome post-traumatique provoquant des poussées de violences meurtrières incontrôlables chez certains soldats ?

Robert Bales était mobilisé depuis près de dix ans. D’abord en Irak, puis en Afghanistan. Il a vu et vécu toutes les horreurs de ce type de conflit. Et amputé d’une partie d’un pied, grièvement blessé à la tête. Et il en voulait terriblement à l’armée, nous apprend le Figaro, de n’avoir ni reçu la fameuse médaille Purple HEART, ni la promotion espérée, en récompense de sa bravoure et de ses sacrifices. Son avocat affirme être « inquiet pour sa santé mentale ». Les médias américains parlent de ses problèmes de couple, démentis par son avocat, de ses problèmes d’argent : la famille était sur le point de perdre sa maison. Et une fois de plus, l’Amérique s’interroge, sur le sens de la guerre menée depuis dix ans en Afghanistan, sur l’impact psychique pour les soldats et leurs familles, sur les « rotations », de plus en plus longues, des soldats sur le terrain, sur le soutien et l’accompagnement insuffisants qui leurs sont prodigués quand ils quittent le champ de bataille.

Mais sur le développement de la haine envers l’Amérique ? Sur la formidable opportunité donnée aux extrémistes de tous poils de barbe de diffuser leurs idées, prospérer, croître ? Sur le nombre de victimes civiles de cette guerre et les bavures à répétition de la force internationale déployée en Afghanistan ? Sur le nombre de soldats tués ? Il ne faut pas démoraliser les troupes.

© Audrey Pulvar

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