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steve jobs est mort
steve jobs est mort © reuters

C’est une courte dépêche, insérée dans le flot habituel des nouvelles du monde. Trois heures d’interruption du trafic. Le héraut du consumérisme mondialisé s’en retourne-t-il déjà dans sa tombe ? Trois heures, pendant lesquelles toutes les boutiques américaines du fabriquant Apple, fermeront leurs portes, le temps pour leurs salariés de visionner la cérémonie funèbre organisée pour la mort de leur gourou d’ex-patron, Steve Jobs.

Quoi ? Quoi ? Quoi ? Le marché s’arrête pendant trois heures ? Faut-il que Steve Jobs soit considéré comme une divinité pour que la sarabande menée autour du veau d’or mercantiliste s’interrompe, le temps d’un surprenant recueillement ? Steve Jobs, célébré et pleuré dans le monde entier, adulé, encensé, qui nous parle même d’outre-tombe. Comment, vous n’avez pas entendu sa voix, ces derniers jours ? Oh, my god ! Dans un entretien, ou une conférence je ne sais plus, le Maître parlait de la vie et de la mort, de l’importance de saisir toutes les opportunités offertes, car notre temps sur terre est compté et autres considérations d’une stupéfiante portée. On se moque ? Pensez-vous ! Il a changé nos vies. Oui. Pas tout seul quand même ? Si ? Créatif de génie, novateur insatiable. C’est grâce à son cerveau surpuissant -comme si personne d’autre au monde n’aurait pu inventer ce qu’il a créé si Steve Jobs n’avait pas existé, oh misère !- que nous pouvons 24h sur 24h depuis notre téléphone intelligent et en n’importe quel coin du globe connaître les détails des dernières galipettes de DSK, découvrir les photos volées du popotin de Scarlett Johansson ou... acheter un énième produit Apple ! Allez, vous reprendrez bien une petite appli, une nouvelle chanson, un nouvel appareil. Vous savez, celui qui rend obsolète ledit téléphone intelligent que vous tenez en main et qui pourtant, il y a deux mois encore, représentait le nec plus ultra en la matière. A moins que vous n’optiez, à condition d’en avoir les moyens, pour une nouvelle, nouvelle, nouvelle version d’une tablette numérique, lestée des centaines de milliers de chansons, livres, photos et informations dont, tout content de les avoir chargées ou téléchargées, vous ne profiterez réellement qu’à hauteur de… allez, soyons généreux, 10 % de leur volume ?

Et si le « génie » de Steve Jobs, résidait surtout dans sa capacité à créer, à l’échelle d’une population mondiale, la sensation permanente de nouveaux besoins à assouvir, la compulsion d’achats de plus en plus inutiles ? Un vertige de possession toujours moins satisfaisante.

Il en va ainsi, disent les parents inquiets à leurs ados, des drogues. Quand on commence, on en prend plein la vue, puis vient la dépendance, le toujours plus, sans que jamais ne survienne une réelle sensation de satiété. Et chaque fois, on revient vers son dealer, en quête de sensations plus fortes. Et tant pis, si au fond, la cam’ ne nous procure aucun plaisir, et tant pis si sa fabrication consacre, incarne, illustre les déséquilibres du commerce mondial. L’important, c’est l’ivresse.

© Audrey Pulvar

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Musique extraite de « Fixing a hole », des Beatles, extrait de l’album « Sergent Pepper’s lonely hearts club band », sorti en 1967

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