Le dessin de Jonaten du 20-02
Le dessin de Jonaten du 20-02 © Jonaten / Jonaten

Les anecdotes à propos des frasques de Than Shwe, généralissime de la junte militaire ayant pris le pouvoir par la force en Birmanie en 1992 et l’ayant détenu jusqu’à 2011 sont légion. Et sa soumission aux prévisions des astrologues prêtait parfois à sourire. Quand il prenait, par exemple, la décision de changer les billets de banque, l’heure officielle de son pays et autres décisions pour le moins importantes, à partir des prévisions de ses diseuses de bonne aventure. Le sort d’Ang San Suu Kyi lui aussi fut parfois suspendu à de tels augures.

Mais le résultat le plus spectaculaire de cette interprétation des étoiles fut peut-être le changement de capitale, dans le pays, en moins de 48 heures. C’était en 2005. Deux jours, pour que des dizaines de milliers de fonctionnaires bouclent une vie et s’en aillent, en train, en bus, en voiture ou en moto de Rangoun vers Naypyidaw. Un no man’s land où ne les attendait rien. Ni magasin d’alimentation, ni réseau d’eau ou d’électricité, ni les logements auxquels ils auraient pu s’attendre. C’est le journal Libération qui nous le rappelle ce matin, sous la plume d’Arnaud Vaulerin, qui s’est rendu sur place.

Sept ans plus tard, c’est une ville gigantesque, 7.000 km2, 66 fois la superficie de Paris, nous précise-t-il, qui s’étale sous les yeux incrédules du visiteur. Des autoroutes à deux fois 9 voix désertes, des avenues « larges comme des pistes d’atterrissage » où surgit, hiératique, un porteur de thé juché sur un vélo, des musées hors normes, par exemple celui des pierres précieuses, et des projets en pagaille, comme celui de deux nouveaux stades géants, qui accueilleront les jeux du sud-est asiatique l’an prochain. Mais ces autoroutes flamblant neuves, ces énormes avenues, débouchent parfois sur des terrains vagues ou s’arrêtent à flanc de colline. Dans cette ville, nous écrit encore Arnaud Vaulerin, pensé pour et par les militaires, chaque quartier est indépendant l’un de l’autre, de manière à pouvoir être facilement bouclé, isolé. Chacun à une fonction précise et le régime attribue par exemple à chaque bâtiment résidentiel de fonctionnaires, une couleur correspondant au ministère dont il dépend.

Depuis mars 2011, c’est un gouvernement civil qui dirige la Birmanie, et les relations diplomatiques se réchauffent. Il n’est donc pas rare de voir des délégations étrangères se déplacer sur ces artères surréalistes, dans une ville où la présence d’un habitant semble toujours incongrue. Pourtant, aucune ambassade n’a été inaugurée sur place.

« Naypidaw, dit un étranger connaisseur du lieu, n’a rien d’une capitale. Elle n’a pas de centre culturel, pas de grandes écoles renommées, pas la moindre communauté étrangère hormis des businessmen chinois de passage. Et pas d’hôpital digne de ce nom . » C’est pourtant la capitale d’un pays riche de son sous-sol, ses matières premières, sa faune ou encore et surtout, son histoire. On referme le journal et l’on garde en mémoire cette phrase d’un directeur d’hôtel expliquant qu’avec le remplacement des militaires par un gouvernement civil, « [les soldats] [sont moins nombreux, mais qu’] il y a plus d’espions, en civil ».

© Audrey Pulvar

Le reportage d’Arnaud Valerin, à lire dans les pages Grand Angle, du journal Libération ce matin.

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