Facade du Lycée Berthollet d'Annecy
Facade du Lycée Berthollet d'Annecy © CC kopp38

Savez-vous que 54 enseignants ou personnel encadrant de l’école se sont donnés la mort dans l’enceinte de leur établissement en 2009 ? 54 personnes qui se suicident dans l’école, le collège ou le lycée où ils travaillent. C’est plus d’une par semaine. Je n’ai pas trouvé les chiffres de 2010. Mais j’en ai trouvé un, publié par l’Inserm, qui date de 2002 et on peine à croire que la situation se soit améliorée, en 10 ans : 39 pour 100 000 personnes.

C’est le nombre de cas de suicides dans la profession. Un taux deux fois et demi plus élevé que dans le reste de la population. Plus élevé qu’à France Télécom, plus que dans la police.

Les profs ne vont pas bien. Ils sont à bout. Déconsidérés par le pouvoir, non-remplacés, une fois sur deux en cas de départ à la retraite, débordés par des classes de plus en plus lourdes, en incapacité devant l’irruption, au sein de leurs classes des problèmes de l’extérieur (violence, peur, dépression, exclusion, précarité, certains élèves ont le sac plus lesté que d’autres. Fustigés, décrits comme d’éternels fainéants privilégiés les enseignants de nos enfants, sont surtout épuisés. En situation de surmenage, de fragilité psychologique intense, découragés. C’est ce que l’on peut lire dans le quotidien Le Monde daté d’aujourd’hui, qui rend partiellement compte d’une enquête menée dans 400 collèges et lycées, par un ancien inspecteur général et un médecin psychiatre.

Evidemment et heureusement, tous ne sont pas sur le point de commettre un geste fatal. Mais chacun a, un jour, ressenti un sentiment de profond découragement devant l’impossibilité, malgré une forte implication, de faire son métier comme on imagine qu’un professeur le fait. « Solitude » est un mot qui revient dans toutes les bouches. Les jeunes enseignants, ceux de moins de trente ans, novices, sont les plus touchés.

Transmettre, instruire, écouter. Sur le papier, oui. Dans la réalité, pas toujours, pas souvent, disent les moins optimistes. Suppressions de postes, locaux délabrés, perte d’autorité, programmes changeant, semaines surchargées pour des élèves à fleur de peau.

Une enseignante s’est immolée par le feu, à Béziers, il y a une semaine. « C’est pour vous » ont été ses derniers mots. Pour qui ? Lire les différentes interprétations de cette ultime phrase, dans le quotidien Libération de ce matin. Certains y voient un geste politique, devant l’incurie générale. D’autres soulignent qu’on savait cette enseignante fragile. Mais qu’y faire. « Aujourd’hui nous n’avons plus les moyens de protéger les enseignants fragiles », s’écrie un chef d’établissement. Alors c’est « débrouille toi ma grande, remonte à cheval mon gars ». Haut les cœurs ! Et un dernier chiffre pour la route : chaque médecin du travail a en charge 17.000 enseignants.

© Audrey Pulvar

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.