Ca se passe en Géorgie, Etats-Unis. Un homme est incarcéré depuis 22 ans, il en a aujourd’hui 42. Le 19 août 1989, vers 1 heure du matin, un officier de police, Mark Mac Phail, a été abattu par balle, alors qu’il tentait de secourir un clochard qui venait d’être agressé. Troy Davis, alors âgé de 20 ans, Africain-américain est arrêté. Il sera condamné à mort en 1991. Troy Davis, comme tant d’autres, n’a jamais cessé de crier son innocence. A trois reprises déjà, Troy Davis a du dire au revoir aux siens et s’apprêter à mourir, victime d’une injection létale. Chaque fois, il a bénéficié d’un délai, à peine quelques heures avant son rendez-vous avec son bourreau.

Troy Davis est innocent des faits qui lui sont reprochés ; c’est ce que pensent les membres de son comité de soutien, mené par sa sœur, Martina. Pas d’arme du crime, pas d’empreintes digitales, ni ADN. Sept des neufs « témoins » de l’instruction se rétractant, expliquant qu’ils avaient fait l’objet de menaces, qu’ils ont menti. Cela ne suffit pas. On sait pourtant que Troy Davis, 20 ans au moment de l’arrestation, a été soigneusement et méthodiquement torturé. Au fil des ans, les regards se sont tournés vers l’un des témoins central, il était de toutes les investigations, puis il s’est vanté d’être le vrai coupable. Mais cela ne suffit pas.

Le Pape Benoît XVI s’en est mêlé, apportant son soutien au condamné à mourir. 51 membres du Congrès américains se sont mobilisés. Comme Jimmy Carter, ils réclament une suspension de la sentence, le doute sur la culpabilité de l’accusé étant décidément trop fort. Pour le moment en vain. C’est aujourd’hui que la Commission des grâces de l’Etat de Géorgie se prononce, non pas pour l’innocenter, mais pour commuer sa peine en prison à vie ; et tant pis si c’est un innocent, c’est la machine qui en décide et elle est lancée.

Depuis 1976, date à laquelle les exécutions allaient redevenir possibles aux Etats-Unis, 1 267 personnes ont été exécutés dans ce grand pays.

Or, 138 personnes exécutées ont finalement été innocentées ! Sans barguigner, le Texas continue, d’année en année, à être l’Etat le plus meurtrier, avec 474 exécutions en 40 ans. Certains d’entre vous se souviennent peut-être qu’il y a quelques mois, ici-même, étaient dénoncées les dérives d’un système qui permet que l’on exécute les prisonniers avec un mélange létal conçu pour les animaux. Rien de dangereux, assurait-on, pour l’être humain. Après tout, ceux qui recevaient l’injection étaient censés mourir rapidement, alors.

Alors ? Juste une petite question de… morale ?

© Audrey Pulvar

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