Le dessin de Jonaten du 21-03
Le dessin de Jonaten du 21-03 © Radio France / © Jonaten - 2012

Mes usines, rendez-moi mes usines ! Ce pourrait être le sous-titre de la campagne présidentielle française, tant la défense de l’industrie française est passée au premier plan des thèmes de campagne. On est donc curieux de savoir comment les candidats réagiront aux propos de Sergio Marchionne, patron de Fiat, publiés par le Figaro, ce matin. Marchionne estime que l’automobile, en Europe, est en situation de surproduction, à hauteur de 20% du volume de voitures produites chaque année.

Comment régler le problème ? Facile, réduire de 20% cette production. Donc… fermer des usines, des dizaines d’usines, des centaines. « Nous n’avons pas le choix, estime-t-il, lançons ce processus d’ajustement et repartons ensuite de zéro sur une base saine. Ce sera douloureux pendant douze mois, mais faisons-le ! »… Ce sera douloureux pendant douze mois ? Pour qui ? Pas pour monsieur Marchionne, assurément, qui compte toute de même sur l’Europe pour mettre en place, je cite « un système de protection sociale assurant des soins et de l’attention aux salariés touchés » par ces restructurations.

C’est ça ou le chaos. Ah bon ? Sergio Marchionne estime, sans rire, qu’on aurait du profiter de la crise de 2008, une « énorme opportunité », selon lui, de « rationnaliser » le secteur. Il prévoit une baisse, pour la cinquième année consécutive, de 5% des ventes, en Europe, de véhicules produits par des constructeurs européens. D’après lui, ce sont les petites voitures qui tirent le marché vers le bas.

Et aussi, l’accord de libre-échange, « bucolique », selon lui, conclu entre l’Union Européenne et la Corée du Sud, qui a vu en 2001 la Corée du Sud exporter 436 000 voitures à destination de l’Union, alors que le marché sud coréen n’a accueilli que 75 000 véhicules européens, essentiellement des modèles allemands haut de gamme. Fle-xi-bi-li-sons… C’est le crédo de Marchionne depuis qu’il a pris la direction de Fiat, en 2004.

L’homme est coutumier des ultimatums. Il y a quelques semaines il a obtenu, à l’arraché, de la majorité des syndicats représentant ses 86 000 salariés, un accord permettant à Fiat de remettre en cause la convention collective du secteur et de rendre plus flexible l’utilisation de sa force de travail. Depuis le 1er janvier, Fiat peut augmenter les rotations de nuit, réduire les temps de pause, sanctionner plus durement les salariés jugés trop souvent absents ou encore augmenter les heures supplémentaires obligatoires.

En contrepartie? Les salariés recevront une prime de 600 euros en 2012. Mais surtout, Fiat s’engage à rapatrier en Italie une bonne partie de ses activités délocalisées. Le constructeur s’engage à investir 20 milliards d’euros en Italie, d’ici deux ans et de passer sur place d’une production de 650 000 à 1.4 millions de véhicules par an. A la condition… que ses salariés se montrent plus flexibles.

Ainsi, à Pomigliano, dans le Sud du pays, en juin 2010, 5 000 salariés avaient accepté, non sans difficultés, un accord remettant en cause leurs conditions de travail, avec à la clé le rapatriement sur place de la production de la nouvelle Panda. Il y a un an, c’était sur le site de Mirafiori, à Turin, que les salariés entérinaient un accord semblable en échange du sauvetage de leur usine, que Fiat menaçait de fermer. La FIOM, la Fédération internationale des Organisations des travailleurs de la métallurgie proteste. Parle de chantage. Pas de quoi ébranler Sergio Marchionne et les presque 2 milliards d’euros nets de bénéfice de la marque, en 2011.

© Audrey Pulvar

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.