Portrait peint de Kadhafi
Portrait peint de Kadhafi © Abode of Chaos

Mort d’un tyran sanguinaire, d’un dictateur, qui n’hésita pas à faire bombarder son propre peuple, après l’avoir asphyxié pendant plus de quarante ans, quand il n’était pas occupé à ourdir des attentats tuant des centaines de personnes totalement étrangères à ses combats.

Mort de chien, pour celui que beaucoup considéraient comme tel, même si c’est faire injure à nos amies les bêtes. Mort d’un homme.

En boucle sur les chaînes infos du monde entier. Fin d’un être humain. Un mort est un mort. Rien de plus. Rien de moins. Alors ce corps d’où s’écoulait encore un filet de vie, ballotté, hissé, exhibé, un pistolet collé sur la tempe, cet être doué de vie tentant dans un dernier trait de dignité de se tenir droit, avant de sombrer dans l’inconscience pour ne plus sembler qu’une marionnette aux fils actionnés par d’autres hommes en proie à leurs propres démons, pantins de leur propre rage, cette dépouille ensanglantée, masque figé dans une ultime expression de morgue, conspué, stipendié, filmé jusqu’à la nausée. Et nous, spectateurs de ce barnaüm, qu’était-ce d’autre que de l’obscénité ? Acte fondateur du nouveau pouvoir libyen ? S’installe le même malaise qu’un soir d’exécution sommaire, en décembre 1989, flashback : le sang des Ceaucescu maculant la neige de Roumanie. Le « juge » et le « procureur » qui avaient ordonné ces deux meurtres, se sont suicidés et aujourd’hui encore, beaucoup de Roumains évoquent avec culpabilité cette honte originelle, pour leur démocratie.

Au moins Barack Obama nous aura-t-il épargné son « justice has been done », qui fit entrer Ben Laden au Panthéon des martyrs du « grand satan ».

Mais hier, des voix bien de chez nous se réjouissaient de la mort d’un homme. Se réjouir, mais de quoi au juste ? De ce que l’OTAN aura consciencieusement outrepassé les résolutions votées par l’ONU, qui ne l’autorisaient qu’à protéger les populations civiles et ne donnaient en aucun cas mandat aux forces étrangères sur place de favoriser tel ou tel camps, de participer à un renversement du régime et encore moins d’éliminer un dictateur ? Se réjouir que depuis des semaines, à Syrte, ces forces de l’OTAN aient été impliquées dans le siège d’une population civile, prise entre deux feux, privé de nourriture, d’eau, d’électricité et de soins ? Se réjouir que le pays soit aujourd’hui livré à des factions, dont un courant d’islamistes radicaux liés au terrorisme, bien décidés à prendre le pouvoir ? Ou se féliciter que des milliers d’armes et des stocks de munitions aient été dispersés aux quatre vents, tombés, d’après plusieurs spécialistes, dans les mains des satellites d’Al Qaeda, qui tiennent le Sahel ? A moins que le réel motif de satisfaction ne soit le fait qu’avec cette mort, ait été évité un procès bien embarrassant pour les puissances occidentales impliquées aujourd’hui ? Non, on ne pleurera pas sur le sort du psychopathe Kadhafi. Non, on ne se satisfera pas de principes humanistes à géométrie variable. D’ailleurs tient, en parlant de géométrie variable, on l’explique comment, la tranquillité laissée à Bachar El Assad, massacreur en son pays ?

© Audrey Pulvar

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