Le dessin de Jonaten du 22-03
Le dessin de Jonaten du 22-03 © Radio France / © Jonaten - 2012

Qui es-tu Mohamed Merah ? Quel expert saura nous expliquer l’indicible ? Mettre des mots sur l’incompréhensible ? Qui es-tu, jeune homme, 23 ans, grand sourire de gamin espiègle content de lui au volant d’une grosse cylindrée que tu fais tournoyer, soulevant la poussière. Acrobate, funambule même, inconscient, debout sur le guidon d’un bolide deux roues, lancé à grande vitesse ? Quand ton avocat parle de toi, c’est pour souligner « Un visage d’ange, d’une beauté sans nom, yeux clairs, traits fins et doux »… Il te connaît bien ton avocat, ou du moins il le croyait. Cela fait des années qu’il te défend. Ado perdu, perturbé, en mal de repères, qui se cherche. On en connaît 15 condamnations, de menus larcins, des conduites sans permis, des refus d’obtempérer… Rien de bien grave, jusqu’à un vol avec violence qui te vaudra 18 mois de prison ferme, à l’âge de 20 ans.

Qui es-tu Mohamed Merah, cet ange, posé, poli, discret, ouvert à la discussion, bienveillant avec les petits de ton quartier à qui tu distribues conseils et bonbons… Camarade de virées en boîte jovial, changeant de look comme tous les ados inquiets de leur entrée dans la vie adulte ? Es-tu ce citoyen sans trop d’histoires qui aurait pu trouver sa voie et se remémorer, dans quelques années, la mine un peu contrite, de tes erreurs de jeune chien fou ? On entendait cela hier, dans les témoignages stupéfaits de quelques unes de tes connaissances, on le lit ce matin dans la presse. Ange ou démon ?

On lit aussi tes crises de violence, ta passion pour les sabres. Tu pouvais rester, révèle l’enquête, des heures enfermées chez toi à regarder des scènes de décapitation. D’ailleurs c’était une de tes sales manies, depuis ton retour d’Afghanistan. Faire monter des jeunes garçons dans ta voiture et les emmener chez toi pour leur infliger, pendant des heures, le visionnage d’horribles scènes de guerre, de femmes molestées, d’hommes décapités. Qui es-tu encore, harceleur de ta propre mère, pas assez religieuse, selon toi. Tellement dans ton incompréhension qu’elle refusait hier de se joindre aux efforts des policiers, pour te faire entendre raison. On devinait, au vu des assassinats que tu revendiques aujourd’hui, à quel point tu pouvais faire preuve d’une implacable détermination, de l’absence de toute compassion…

On en a l’illustration depuis la nuit dernière, avec l’obstination que tu opposes aux centaines de policiers déployés autour de chez toi. Tu déroutes, tu épouvantes, et c’est là tout ton plaisir. Une victoire crois-tu. Crois-tu… car voilà, la vérité est que tu dégoûtes ceux que tu prétends défendre et représenter. Que tu as tué des fils ou petits-fils d’immigrés, comme toi. Que tu insultes la mémoire de ces enfants palestiniens dont tu te réclames, en ajoutant à leur mort tragique celle, tout aussi révoltante de Myriam, Arieh et Gabriel.

© Audrey Pulvar

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