Hermaphrodite
Hermaphrodite © Radio France

Qu’elles sont rares, cette place accordée, cette indignation enfin en pleine lumière. 4% de la population, d’après les estimations de la plus importante organisation internationale les représentant. A l’échelle de la France, peut-être 2 millions 400 000 personnes, donc.

2 millions 400 000 êtres que la société refuse de voir, et de nommer. A "hermaphrodite", ils préfèrent "intersexués". 1 naissance sur 2 000 si l’on ne s’en tient qu’à des questions de gonades et de chromosomes X et Y, 1 sur 500 si l’on prend aussi en compte les caprices des gènes, des molécules et des hormones ou les malformations des organes génitaux.

2 millions 400 000 personnes, pour la plupart en grande souffrance, niées, néantisées qu’elles sont dans leurs différences par rapport à un schéma dominant ancestral aussi réducteur, nous dit l’un des responsables de l’Organisation internationale des intersexués, aussi réducteur et artificiel que le langage informatique binaire.

C’est à lire dans la dernière livraison de la remarquable revue Ravages consacrée pour ce numéro aux questions de genre, féminin-masculin.

Une invite, nous dit l’article, à nous « dépouiller de tous nos étayages, nos constructions sociales, nos flux hormonaux pour un hallucinant voyage dans [les] contrées [des intersexués] ».

Sous l’Ancien Régime, nous rappelle l’auteur, ils étaient mutilés et brûlés pour sexualité contre-nature.

Aujourd’hui, c’est aussi de mutilation qu’il s’agit selon beaucoup d’intersexués, quand un genre est d’autorité « assigné », c’est le terme, à un enfant, entre l’âge de 3 mois et 2 ans. Une ou plusieurs opérations peuvent être nécessaires. Puis, le silence. Le tabou, la honte. Obligation à cet être d’accepter le genre que d’autres auront choisi pour lui, interdiction d’en parler, injonction d’habiter un corps non revendiqué par soi, sensation de désincarnation, d’absence, de vide, d’imposture, qui conduisent souvent au suicide.

Les intersexués s’organisent, se parlent, se reconnaissent de part le monde. De plus en plus mobilisés contre «l’assignation », ils ont obtenu qu’elle ne soit plus systématique. Beaucoup d’entre eux estiment que c’est à l’enfant intersexué, en grandissant, de décider à l’adolescence ou à l’âge adulte, du genre qui sera le sien.

Et surtout, ce qu’ils veulent, c’est être reconnus comme faisant à part entière corps avec le monde dans lequel ils vivent. « Nous ne sommes pas des monstres », clament-ils. Et Vincent Guillon, auteur de cet article d’ajouter : « nous créons, après un effroyable silence, une cacophonie hallucinante qui ne peut que remettre en cause chacune de vos pensées les plus intimes. Nous pulvérisons (…) à nos corps défendant, les dogmes les plus lourds, les plus présents, et crions à tout-va, notre parole retrouvée ».

© Audrey Pulvar

Extrait deRavages , numéro 6, éditions www.hugoetcie.fr

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