Se fier aux apparences, c’est la certitude d’être toujours déçu. Ainsi entendiez-vous, à longueur de journaux, il y a quelques mois, parler d’une surprenante affaire d’espionnage, sur fond de rivalités haineuses, entre deux patrons de presse devant se partager le même gâteau. Fichiers dérobés, conversations électroniques piratées, coup de billards à trois bandes pour dézinguer l’adversaire, agents troubles et… ?

Et la fidèle secrétaire-assistante-organisatrice en chef d’agenda soudain propulsée dans le rôle d’une Mata Hari espionnant pour le compte de l’idole de sa vie : sa patronne. Rajoutez les liens des principaux protagonistes avec le plus haut sommet de l’Etat et vous avez tous les ingrédients pour un bon polar à l’américaine.

Sauf que le film est français. D’ailleurs, comment dit-on « coup de théâtre », en américain ? A lire une enquête de nos confrères de Libération ce matin, les fameux détectives Roberts et Garrigos, très redoutés par tout le microcosme journalistique parisien, les apparences dans l’affaire Ockrent, numéro 2 de l’Audiovisuel Extérieur Français, sont trompeuses.

Accusée d’avoir fait pirater par sa fidèle assistante, Candice Marchal, le système informatique du groupe, d’y avoir dérobé 2 millions et demi de fichiers, dans le seul but d’organiser la déstabilisation de son numéro 1 d’alter-presqu’ego à l’AEF, Alain de Pouzhilac, la Reine Christine s’abîmait dans une longue plainte, à l’automne 2010, dénonçant une cabale destinée à... la déstabiliser, elle. Vous suivez ?

Ockrent la grande sortit les griffes, batailla sans relâche et réussit à tenir quelques mois à son poste, malgré les soupçons d’intrusion dans la vie professionnelle et privée de plusieurs de ses collaborateurs et le rejet d’une grande partie de la rédaction. Las, son Bernard Kouchner de mari n’étant plus en cours et plus ministre, le vent soufflant depuis le château ayant mis le cap à droite, elle dut, bien à contrecœur, faire ses cartons, en mai 2011.

Le délai fut beaucoup plus court pour sa chère et dévouée Candice, incarnation de l’acte de piraterie qui en dépit de ses dénégations, fut presto mise à pied puis licenciée pour faute grave, quelques semaines après que l’affaire avait éclaté. La jeune femme a déposé plainte, pour escroquerie. Plainte classée sans suite par le parquet de Nanterre. Tiens-tiens. Pourtant, les investigations menées par la Brigade d’enquête sur les fraudes aux technologies de l’information ont montré que les fichiers qu’on l’accuse d’avoir volés ont été installés dans son ordinateur après qu’elle l’avait rendu à son employeur. La jeune femme a, semble-t-il, été victime d’une machination qui visait sa patronne. Son avocat accuse Alain de Pouzhilac, monsieur numéro 1, de l’avoir sacrifiée pour régler un vieux compte avec sa rivale, Ockrent. Madame ex-numéro 2. Candice Marchal, employée dévouée et mère de famille, attend que justice lui soit rendue. Vous vous rappelez l’affaire des cadres soit disant espions chez Renault ?

© Audrey Pulvar

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