Le dessin de Jonaten du 24-04
Le dessin de Jonaten du 24-04 © Jonaten / Jonaten

Invisibles, ils le sont depuis des années. Invisibles, ils l’ont été pendant toute la campagne électorale. Oubliés. C’est le sentiment qu’ils partagent le plus. Absents des joutes verbales, des programmes, des déplacements avec caméra. De temps en temps, une enquête par-ci, un édito par-là, un « dossier »… et leur parole était relayée par un faible écho. Aujourd’hui, les voilà propulsés en pleine lumière. Cela arrive quinze jours tous les cinq ans. On lira dans Libération le cas des habitants de Grigny 2, dans l’Essonne. L’une des multiples composantes de la galaxie des invisibles. Grigny 2, deuxième plus grande copropriété de France. 54 hectares, plus d’une centaine d’immeubles, 5 000 logements et entre 17 et 20 000 habitants, nous dit Alice Géraud, c'est-à-dire près de 90% de la population totale de l’ensemble de la ville de Grigny. Paupérisation, crise, chômage, désertion des services publics : 40 % des occupants ne règlent plus leurs charges. Par manque de moyens souvent, malhonnêteté parfois. A partir des années 2000, sont arrivées des populations de plus en plus en difficulté ; alors que des propriétaires, souvent écrasés par les charges quittaient le quartier et devenaient bailleurs. Dix années auront suffit pour que ce rêve, un tantinet mégalomaniaque, de vivre ensemble, tourne au cauchemar. Sous-locations qui se multiplient, abus de marchands de sommeil n’hésitant pas à louer à des familles d’étrangers bien en peine de s’y opposer, des logements de 10m² entre 350 et 600 euros par mois. 10m² ! Et surtout, les appropriations illégales ou les squats. Un logement vide ? Les vautours rôdent. Il suffit de forcer une porte, changer les serrures et hop : vous voilà bailleur de miséreux qui se tueront au travail, au noir pour vous régler un loyer exorbitant. Les propriétaires légaux voient se dégrader le quartier et s’insurgent contre l’injustice qui leur est faite, car c’est sur eux, les bons payeurs, que se répartit la charge des travaux à mener et des déficits à combler. En février dernier, l’appel de charge du premier trimestre a ainsi doublé. Et alors, tout se mélange. « Je ne suis pas raciste », prévient d’emblée Danièle, d’ailleurs son mari est Rwandais, mais tout de même : « rien ne va plus depuis qu’ils (entendez, les immigrés Africains), sont devenus majoritaires ». Tout se mélange. Grigny 2 ce n’est pas une « cité sensible », selon la formule consacrée, mais une copropriété qui se voulait un lieu de vivre ensemble et d’élévation sociale pour les classes populaires. Oui mais voilà, là comme ailleurs, 15% des près de 6 millions de ménages vivants en copropriétés n’ont plus les moyens de faire face à leurs charges. Ils font partie des 10 millions de Français, bien 10 millions, confrontés à des difficultés de logement. On repose une question bien souvent posée ici : « qui s’en soucie ? »

© Audrey Pulvar

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