Le dessin de Jonaten du 24-01
Le dessin de Jonaten du 24-01 © Jonaten / Jonaten

Difficile de trouver ce matin, dans la presse papier, voire sur internet, des informations sur le dernier scandale politique allemand. Il faut compter pour cela sur le service étranger du Figaro et le correspondant à Berlin du quotidien. Patrick Saint-Paul nous raconte l’indignation des dirigeants du parti de gauche Die Linke, celui dont les résultats électoraux font rêver Jean-Luc Mélenchon. Le parti fondé par Oskar Lafontaine et Gregor Gysi, déçus du virage libéral et de la politique d’austérité menée par le SPD.

Die Linke donc, dont on découvre que ses principaux leaders et 27 de ses députés sont « surveillés » par les services de renseignement intérieur allemand, depuis des années. C’est l’hebdomadaire Der Spiegel qui dévoile l’information. Réaction, on s’en dout, ulcérée des espionnés, qui parlent « d’agression illégale » et réclament la création d’une commission d’enquête parlementaire. L’affaire fait d’autant plus de bruit que les « services » allemands, auraient consacré près d’un demi-million d’euros par an à cette surveillance, soit les deux tiers des moyens alloués à la surveillance des groupuscules néo-nazis. Mal leur en a pris puisque s’ils n’ont mis à jour aucune activité séditieuse des élus de Die Linke, ils sont passé totalement à côté d’un trio de tueurs néonazis, impliqués dans les assassinats d’une dizaine d’immigrés et un attentat à la bombe, entre 2000 et 2007. Des crimes restés non-élucidés jusqu’en novembre 2011, quand deux des membres du gang se sont suicidés.

Quel dirigeant de démocratie résiste donc à la facilité des écoutes téléphoniques et autres méthodes d’espionnage de rivaux ou d’opposants ? Quelles leçons ont été tirées de retentissants scandales du passé et combien de promesses électorales de démocratie irréprochable ont-elles été tenues ? Un peu comme pour la vente d’armes et ses zones d’ombres, magistralement décrites par Jean Guisnel dans son livre intitulé Armes de Corruption Massive , aux éditions de La Découverte, il semble qu’un usage pervers des moyens de l’Etat soit une habitude tellement répandue que plus personne ne songe à s’en émouvoir. A part, peut-être, les victimes des ces mauvais coups. D’ailleurs où est le problème ? Dormez braves gens ! Big Brother veille.

Son d’archive François Mitterrand

C’était François Mitterrand, bien sûr, en 1993, répondant avec bien du mépris aux journalistes de la RTBF, mentant comme un arracheur de dent, à propos des écoutes menées à sa demande au début des années 80. La justice avait estimé, en 2005, que le Président socialiste était bien « l’inspirateur et le décideur de l’essentiel » de ces pratiques illégales.

© Audrey Pulvar

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