Le dessin de Jonaten du 24-11
Le dessin de Jonaten du 24-11 © Jonaten / Jonaten

Est-il permis de critiquer le candidat socialiste à l’élection présidentielle ? Ou la nécessité impérieuse de « battre-Nicolas-Sarkozy », formule consacrée pour certains, doit-elle stériliser tout débat ? Annihiler toute expression de désaccord, caporaliser toute la gauche derrière un chef de file dont le début de campagne entrera sans doute dans les annales des démarrages les plus désastreux ? La violence, réelle, permanente, de la vie politique exercée par les socialistes eux-mêmes pendant leur primaire et plus récemment contre les « khmers verts », doit-elle être artificiellement tue, le temps d’une campagne, placée sous l’éteignoir, quitte à ce que rancœurs, désaccords, malentendus, divergences, voire vieilles haines ne soient pas purgées en début de campagne, mais empoisonnent un début de mandature commune, entravant l’action d’un futur gouvernement de « gauche unie » ? On pourrait le croire, à lire les commentaires assassins dans la presse du jour, sous la plume d’éditorialistes fustigeant « l’amateurisme insondable » d’Eva Joly, son attitude « pyromane », sa « légèreté », son « dogmatisme », sa « rigidité », son « sectarisme », ou encore son « manque de solidarité la plus élémentaire » à l’égard d’un Parti Socialiste pourtant généreux, puisqu’il lui accorde soixante circonscriptions, dont au moins la moitié seraient facilement gagnable en juin prochain, si la politique était encore une affaire d’arithmétique et de tripatouillages. On sait qu’il n’en est plus rien.

Eva Joly, « l’erreur de casting » titre Le Figaro . Si l’on osait on parlerait aussi de volée de bois vert, à propos des réactions glanées à l’Assemblée Nationale, dans la fameuse salle dite des quatre colonnes hier après-midi, par les micros, stylos et caméras de tous les médias. Ainsi, ceux-là même qui se plaignent de la mainmise des « professionnels de la politique » sur la vie citoyenne de notre pays, moquent aujourd’hui le prétendu « manque de métier » de l’ex-juge d’instruction. Ils en viennent même à s’interroger sur la légitimité d’une candidate pourtant élue par 58% des militants de son parti. Mais qui s’est demandé si les boas constrictors qu’Eva Joly a dû avaler depuis la défaite de Martine Aubry à la primaire socialiste ne provoqueraient pas une indigestion propre à radicaliser une femme de plus en plus isolée, lâchée par ses proches et connue pour sa tendance à ne pas renoncer à ses convictions ? Quelle a été la marge de manœuvre de la candidate investie d’Europe Ecologie-Les Verts dans les tractations et marchandages menés la semaine dernière, mettant en balance des circonscriptions face à des choix industriels majeurs pour l’avenir du pays ? Affadir la discussion, refuser la confrontation, marteler l’argument du vote utile qui atomise tout échange de points de vue et regarder le droit à la parole, au débat, voire à l’audace, s’installer dans le camp adverse, voire dans celui des extrémistes ? Grosse fatigue.

La gauche qui se dit les choses, voire s’écharpe, mais gagne et gouverne a pourtant bien existé.

© Audrey Pulvar

Extrait sonore diffusé :

Georges Marchais, premier secrétaire du Parti Communiste, répondait aux questions de Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel dans l’émission « Carte sur Table », en mars 1981.

Un mois avant le premier tour de la présidentielle, finalement remportée par François Mitterrand, qui compta ensuite quatre ministres communistes dans son gouvernement.

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