Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy
Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy © oaø

On parlait hier, ici même, des propos et attitudes blessants, voire racistes, de dirigeants et hauts fonctionnaires européens à l’égard des Grecs, empêtrés dans la crise que l’on sait depuis plus d’un an. Comme en écho, depuis hier, la colère des Italiens, humiliés par la France et l’Allemagne dimanche, monte. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy pouffant, l’air entendu, lors d’une conférence de presse, quand un journaliste leur demande s’ils ont confiance dans les engagements pris par l’Italie, pour limiter ses déficits. Les mêmes, faisant la leçon à Silvio Berlusconi, « comme à un petit garçon », s’est plaint le président du Conseil italien, à propos des mesures d’austérité tardant, selon eux, à être appliquées par l’Italie. Il n’est pas, jusqu’à l’ex-gouverneur de la Banque Centrale Européenne, qui ne fustige l’incapacité de l’Italie à mettre en œuvre les instructions que lui, Jean-Claude Trichet, lui avait données. Vous savez, c’était dans ce courrier comminatoire adressé par la BCE au chef du gouvernement italien, début août dernier… Quoi, cela vous avait échappé, ces injonctions signées de Jean-Claude Trichet et de son successeur Mario Draghi, réclamant à Silvio Berlusconi qu’il lance un plan massif de privatisation, qu’il réforme les lois sur les négociations collectives entre salariés et patronat, afin de freiner les hausses de salaires ? Un courrier réclamant également une « révision en profondeur des règles régissant le recrutement et le licenciement des salariés », une réforme du système de retraite et bien sûr, une réduction drastique du nombre de fonctionnaires, voire une baisse de leur rémunération, on en passe et des meilleures. Eh bien, après les injonctions, les menaces. Si l’Italie ne fait pas mieux, la solidarité européenne ne jouera pas, déclare le chef de l’Etat français. Comme si les pays de la zone euro pouvaient se permettre d’abandonner l’Italie et ses 1 900 milliards d’euros de dette, à son sort. Si l’Italie faisait défaut, elle entraînerait non seulement dans sa chute plusieurs grands établissements financiers européens, dont français, mais elle créerait un vortex dans lequel ne tarderaient pas à sombrer la France, la monnaie européenne et son traité.

Et d’ailleurs, qui fait la leçon à qui ? L’Allemagne, ce colosse au pied d’argile ? La France ? Mais au non de quoi exactement ? De ses propres montagnes de dettes ? 1 800 milliards d’euros de dette française pour 2011, encore un effort et on fera aussi mal que nos voisins. D’ici la fin de l’année, notre endettement devrait représenter 90% de notre PIB, c’est 30% de plus que ce que prévoient les règles européennes que nous demandons à l’Italie de respecter. Ah oui, les Italiens eux, ils en sont à 120%. Sauf que… Sauf que leur dette croît beaucoup moins vite que la nôtre et surtout, qu’elle est en grande partie détenue par les Italiens eux-mêmes. Tandis que plus de 70% de la dette française est détenue par l’étranger. Ce qui nous rend beaucoup plus vulnérables que les Italiens à une crise de confiance des investisseurs. Sauf que, sauf que, aussi, l’Italie est en excédent primaire . Depuis dix ans. C'est-à-dire que les rentrées fiscales moins les dépenses de l’Etat présentent un solde positif. Ce sont les intérêts de l’endettement des années 80 et 90 qui obligent l’Italie à emprunter sur les marchés. Tandis que pour la France, c’est l’inverse. Dix ans de déficit primaire . Ce qui signifie que la France emprunte pour payer les intérêts de sa dette, mais surtout assurer, chaque mois, le traitement de ses fonctionnaires et pallier le déficit de la Sécu. Qui fait la leçon à qui ? Ah, questi francesi !

© Audrey Pulvar



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