Le dessin de Jonaten du 26-03
Le dessin de Jonaten du 26-03 © Jonaten / Jonaten

Il y a une semaine, un lundi comme un autre. Il y a une petite semaine, tout juste, pleine nuit, comme à l’instant, une heure à laquelle les petits enfants dorment à poings fermés, à laquelle la France dans sa majorité, s’ébroue, engourdie. A ce moment, nous révèlent les premiers éléments d’enquête, le projet d’assassiner des enfants n’était pas encore clair dans l’esprit malade de Mohamed Merah. Lui voulait tuer un militaire. Pour la quatrième fois en moins de dix jours. C’était cela son projet du lundi.

C’est parce qu’il est arrivé « trop tard » sur les lieux de son crime projeté, dit le patron de la Direction Centrale de la Sécurité Intérieure (DCRI) et parce qu’il connaissait l’existence du collège-lycée Ozar Hatorah, qu’il a « improvisé » (sic), c’est le mot de Bernard Squarcini, le monstrueux assassinat de trois enfants. Il était parti pour tuer, il lui fallait donc tuer coûte que coûte. Quelle est-elle, cette pulsion irrépressible qui fait d’un homme de 23 ans le meurtrier d’une petite fille de 7 ans et de deux petits garçons de 4 et 5 ans ? Une semaine et la France entre dans le vingt et unième siècle de la peur. Oui, bien sûr, le basculement du monde d’un siècle à l’autre, c’était le 11 septembre 2001, le choc, l’effroi, le deuil, la prise de conscience épouvantablement brutale : non, notre civilisation n’était pas à l’abri des violences que bien d’autres zones de la planète vivent au quotidien. Mais malgré l’empathie, l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire c’était encore, pour la plupart d’entre-nous, ailleurs. Même si le terrorisme avait déjà tué, à plusieurs reprises, en France. Or lundi dernier, comme Jean-Marie Colombani clamant « Nous sommes tous américains », il y a onze ans, nous étions tous des enfants juifs ou des parents d’enfants juifs. Injuste, cette douleur solidaire, plus forte pour les petits que pour les militaires tués avant eux ? Peut-être. Mais comment ne pas se sentir intimement concerné ? Qui, parent ou pas, n’a pas en tête les images des abords d’une école aux alentours de 8h ? Qui dans notre pays, ne se sentirait pas touché par cette tragédie ?

Une semaine. On déroule la pelote d’informations. 200…7 ! Mohamed Merah, à 18 ans, envoyant des mandats en prison, au membre présumé d’une cellule terroriste démantelée en Ariège. 2010, Mohamed Merah repéré en Afghanistan. Il a 21 ans, il est arrêté à Kandahar, remis par la police afghane aux Américains, qui le renvoient à Kaboul. La direction de la Sécurité et de la Protection de la Défense, un organisme français, signale l’incident à la DCRI. A cette époque, il a la bougeotte, l’assassin. Egypte, Liban, Jordanie, Pakistan, Tadjikistan, Afghanistan et même Israël. Les voyages forment la jeunesse ? Trop parfois. Ou si mal. Une enquête de routine est ouverte en France. Elle demeurera sans suite. Le FBI lui, l’inscrit sur une liste de personnes soupçonnées de liens avec Al Qaeda et l’interdit de séjour sur le sol américain. Merah rentre en France, en décembre 2010, repart au Pakistan et en Afghanistan… Presque une année passera avant qu’il ne soit de nouveau convoqué par la Sécurité intérieure. C’était en novembre dernier. Parce qu’il est bien élevé, souriant, posé, qu’il s’exprime en bon français se comporte et s’habille à l’occidentale, ce Français né en France n’aurait pas le « profil » de nature à inquiéter ? On pense aux parents des victimes et au doute, intolérable, qui s’ajoute maintenant au chagrin et peut rendre fou de douleur… Et si tout cela avait pu être évité ?

© Audrey Pulvar

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.