Le livre date de 1955 et depuis, il n’a cessé d’être réédité. Son auteur nous faisait remarquer que chaque fois qu’il vient à épuisement, un « nouvel épisode spéculatif, une autre bulle et son cortège de malheurs raniment l’intérêt pour l’histoire qu’il relate ». Le livre c’est La crise économique de 1929, anatomie d’une catastrophe financière . Il est signé de John Kenneth Galbraith, mort en 2006 à presque 100 ans. Il a été une nouvelle fois réédité en français le mois dernier, par la Petite Bibliothèque Payot. Si la crise des dettes souveraines des états membres de la zone euro, conséquence directe d’entre autres, la crise financière de 2008 et des mesures mises en place par les gouvernements pour y faire face, n’était si grave, on pourrait sourire, en lisant les mots datant de près de 60 ans et convenant parfaitement à la situation actuelle. Comme par exemple ce passage : « que nous soyons confrontés à un épisode majeur de folie spéculative, est une évidence pour quiconque n’est pas confit dans un optimisme béat. Il y a aujourd’hui bien plus d’argent affluant vers les marchés que d’intelligence permettant de savoir quoi en faire. Il y a bien plus de fonds mutuels qu’il n’y a d’hommes et de femmes financièrement compétents et dotés d’une conscience historique suffisante pour les gérer correctement. Nous avons ici un processus fondamental et récurrent ». Récurrent, oui, et Galbraith de nous démontrer comment depuis deux siècles, les mêmes causes, euphorie, accélération des transactions, aveuglement de personnes empressées de gagner un maximum d’argent en un minimum de temps et au mépris de toutes les règles de prudence, comment ces causes produisent les mêmes effets. Il faut relire ce livre, écrit par un proche conseiller de Franklin Roosevelt, après la crise de 1929, de John Fitzgerald Kennedy ou de Lindon Johnson. Qu’aurait pensé John Kenneth Galbraith de la crise financière de 2008 et de ses répercussions actuelles, lui qui rappelle dans ce livre qu’il fallut dix années aux Etats-Unis pour se relever de la crise et sortir de la nasse du chômage massif ? Il faut le relire, mais les pages les plus saisissantes de cette nouvelle édition sont peut-être celles qu’a rédigées le fils de Galbraith, James. Egalement économiste, également démocrate, également ulcéré par la libéralisation extrême de l’économie mondiale. Lui estime qu’en 2008-2009 comme en 1929, les signaux d’alertes avaient bien été actionnés, que les gouvernements savaient ce qu’il fallait faire pour éviter la catastrophe, mais qu’ils n’ont pas pris les mesures nécessaires. Il passe au crible la titrisation des prêts à risque consentis à des millions de personnes, dont tout le monde savait qu’elles n’auraient jamais les moyens de les rembourser. Il fustige le rôle des agences de notation, les mêmes qu’aujourd’hui, Standard and Poors et Moody’s, qui avaient sereinement attribué force AAA à ces titres pourris. La vraie différence, nous dit Galbraith fils, entre 1929 et aujourd’hui, c’est que l’espoir, la crédulité et l’optimisme des peuples se sont désintégrés. En 1929, des petits épargnants plaçaient leurs économies en bourse avec l’espoir de devenir riches du jour au lendemain. Aujourd’hui, les gens de peu qui plaçaient les économies d’une vie dans les mains de Bernard Madoff et consorts ne rêvaient que de s’assurer un revenu régulier, leur évitant de sombrer dans la misère, sur leurs vieux jours.

© Audrey Pulvar

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