Le dessin de Jonaten 27-01
Le dessin de Jonaten 27-01 © Jonaten

Ah parfois, comme un mouton tondu, on voudrait que la vie soit simple comme un film avec Louis de Funès… On vous en parlait dans le Carrefour du 6-7 en début de semaine, Apple ne fabrique plus que 10% de ses appareils aux Etats-Unis… Et encore, ce nombre tend à s’amenuiser. En février dernier, nous dit le supplément New York Times du Figaro , Barack Obama recevant Steve Jobs à la Maison Blanche lui demandait pourquoi la production de 70 millions d’I-phone, de 30 millions d’I-pad et de 59 millions d’autres articles, essentiellement des périphériques de ses deux produits phares, ne revenait pas sur le sol américain. Ces emplois sont perdus, ils ne reviendront pas, aurait répondu l’ex-patron d’I-phone.

Et le New York Times de nous expliquer en quoi il est quasiment impossible, aujourd’hui, pour le gouvernement américain de promouvoir le Made in America sur des produits de consommation de masse. Comme Apple, de nombreuses grandes firmes américaines externalisent au maximum leur activité. Si elles continuent de vendre dans les pays les riches, elles préfèrent fabriquer et assembler chez les pauvres et les émergents. Et ce n’est pas qu’en raison de leurs bas salaires. La flexibilité, entendez corvéabilité totale, les normes de conditions de travail, moins contraignantes et surtout la taille des usines, dont le volume de production peut varier à la hausse ou à la baisse très rapidement, jouent pour beaucoup dans les nouveaux circuits de la mondialisation. Ainsi, Apple emploie directement 43 000 personnes aux Etats-Unis, hors vendeurs au détail, et 20 000 dans le monde. Mais chez ses sous-traitants, ce sont près d’un million d’ouvriers qui travaillent à toute heure du jour ou de la nuit pour produire nos smartphones. Un ancien dirigeant d’Apple raconte qu’une usine chinoise a pu modifier un modèle d’I-phone, à quelques semaines de la mise en rayon mondiale, grâce à l’autorité d’un contremaître qui a réveillé en pleine nuit 8 000 ouvriers, logés dans les dortoirs de l’entreprise. Chacun a eu droit à un biscuit et une tasse de thé et en avant pour des heures de travail d’affilé sous pression. Le rythme habituel, dans ce genre d’usine, c’est 12h sans interruption par jour, six jours sur sept pour moins de 13 euros par mois. Aucune usine américaine ne pouvant offrir une telle « souplesse », ce n’est pas demain la veille que l’emploi des classes moyennes aux Etats-Unis va redécoller. Jared Bernstein, penaud conseiller économique à la Maison Blanche confesse : « Si c’est ça l’apogée du capitalisme, il y a de quoi s’inquiéter » ! Non, man ?! Vraiment ? Apple se donne bonne conscience en faisant valoir que le succès de ses produits crée des emplois indirects aux Etats-Unis, par exemple dans le transport de marchandise. Un cadre de la marque affirme même sans rire : « Nous ne sommes pas obligés de résoudre les problèmes de l’Amérique, nous devons faire seulement le meilleur produit possible »…

Ajuster l’homme aux besoins des marchés. Produit aux Etats-Unis avec les salaires et les contraintes américaines, le coût de revient de l’I-phone serait plus élevé de 65 dollars. Ce qui ne devrait pas effrayer les industriels puisqu’ils s’offrent déjà des marges très confortables. Jugez plutôt : d’après cet article, un ordinateur vendu 1500 euros revient à 22 dollars par machine, aux Etats-Unis. Assez de marge pour maintenir les emplois au pays ? Ben… Il coûte 6 dollars s’il est produit à Singapour et 4,85 dollars à Taïwan, alors pourquoi se priver ?

© Audrey Pulvar

C’était un extrait de l’inoubliable « Zizanie » avec Louis de Funès et Annie Girardot

(1978)

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.